11 octobre 2007
texte à hypothèses...
On entend souvent dire que ce sont les jeunes femmes qui cherchent en certains hommes la figure paternelle, qu'elles transfèrent leur besoin de père ou d'autorité ou d'affection paternelle, mais je sais désormais que la paternité est un processus affectif et une carence qui survient chez les hommes, et plus souvent chez eux que chez les femmes. Les hommes transfèrent également leur carence d'être-paternel dans leur relation aux jeunes femmes notamment.
J'y ai pensé presque à la seconde lorsqu'il ma répété une seconde fois qu'il serait le plus heureux des hommes, mais aussi le plus malheureux des hommes si je devais un jour lui présenter un homme qui me rendrait heureuse et avec qui je déciderais de passer une partie de ma vie. J'ai pensé presque à la seconde combien j'avais pressenti en cet homme-là sur qui j'avais jeté mon dévolu le plus instinctif dès la première fois où je l'ai rencontré, le malheur de n'avoir pas été père encore, et de n'avoir sans doute jamais assumé ce désir-là (et je pourrais étayer cette hypothèse par quelques détails que je connais de sa vie, et peut-être proposer une ébauche de présentation des causes, cela resterait une hypothèse, une vision de le comprendre, cet homme dans ma vie - mais il serait trop indiscret de vous raconter cela, et j'aimerais aussi garder des secrets, l'impression qu'il serait mon confident, et le confident de nulle autre, ce qui n'est pas le cas pourtant, alors je recueille des confidences à son insu, et je les retiens, je ne vous offre que les conclusions).
Pour une femme, la figure paternelle est la seule qu'elle est autorisée à quitter sans dommage, au contraire, qu'elle doit quitter pour un autre homme et faire sa vie, qui dans un certain sens elle doit tromper pour entrer dans sa vie de femme - le père est la première infidélité de la femme, et dans cette perspective la femme entre dans son indépendance par une infidélité nécessaire. Il existe d'autres moyens également, complémentaires et essentiels, notamment tout ce qui tient de la séparation de la femme de sa mère.
Un homme qui n'a pas su être père, qui a tardé à être père, qui n'a pas su assumer sa fonction de père (car parmi ces hommes à la carence d'être-paternel on compte aussi des hommes effectivement père, qui ont des enfants, une famille mais n'ont pas rempli leurs fonctions de père, n'ont pas su, n'ont pas compris qu'ils le devaient, n'étaient pas prêts à remplir de telles fonctions), un tel homme appelons-le l'homme pélican, je vous explique pourquoi. Car ce types d'hommes provoque deux tragédies dans leur vie dans lesquels ils se complaisent : exerçant sans le savoir tout à fait un amour paternel sur les jeunes femmes qui se sont attachées à eux d'abord (et c'est dans ce sens que l'amour prend pour eux, ils ont ce besoin de se sentir d'abord valorisés par un amour inconditionnel et admiratif - et par ailleurs je ne dis pas "amour paternaliste", les hommes paternalistes sont encore d'une autre race dont je ne parle pas du tout ici dans ce texte), ces femmes se trouvent à un moment donné dans l'obligation de les quitter, et profondément parce qu'elles éprouvent un jour ou un autre le besoin d'une autre forme d'amour, d'une évolution dans leur manière d'être aimée souvent en évolution avec leur propre vie (le symbole paternel impliquant au contraire un certain conservatisme), c'est la première tragédie possible.
La seconde tragédie possible et souvent compatible avec la première tragédie est que ce type d'hommes s'attachent à une femme à une période de leur vie plus solitaire et totalement célibataire et finissent par vivre leur vie avec elle, à s'installer et créer tous les liens d'un couple tels qu'ils sont difficilement détachables, des liens d'amour qui finissent par des liens de plus en plus forts, mais de plus en plus tendres, sans doute de plus en plus platoniques avec les années, un amour qui si on l'épluchait au coeur finirait par révéler une relation du type filial. Un amour dont ils ne pourraient plus se passer s'il le fallait, pris eux-même entre la douleur de faire un mal insurmontable à la compagne de leur vie (la culpabilité du père) et la douleur d'avoir failli à leur mission protectrice, pris dans une peur très enfantine finalement d'impuissance totale, au mieux une peur enfantine tout court, où peu à peu et par intermittence la femme prend le rôle de femme mère pour l'homme. La peur de couper le lien filial est dans les relations humaines celle qu'on craint le plus de modifier ou de couper net.
Ce sont donc des hommes pélicans ou pères pélicans parce qu'ils nourrissent des amours impossibles, nourissant par là-même des femmes de leur amour sincère et immense, de leur savoir sentimental et sexuel, se laissent comme dans le poème de Musset dévorer le coeur par des femmes qu'ils finissent par rendre à leur indépendance, et qui meurent à cet amour jusqu'au prochain enfant. Qu'ils vivent dans le sacrifice sans cesse de leur propre vie, de leur propre destin, et prennent là leur satisfaction dans cette douleur, sensation extrême de vie, ils vivent dans le sacrifice éternellement recommencé.
J'ai vécu une vie jusqu'à présent sans père, refusant tout homme "paternaliste" comme des hommes en trop dans ma vie, car ils ne comblaient aucun besoin et venaient plutôt encombrer ma vie affective avec des considérations qui m'ennuyaient ou ralentissaient mon devenir. Je suis née sans père, d'un père inconnu comme on dit, et depuis aucun homme n'a su remplir sa fonction symbolique de père. J'ai été entièrement et longtemps homosexuelle à ma mère, de manière symbolique on s'entend mais avec toute l'ambiguïté que cela peut entraîner, jusqu'à ce que je décide de quitter, d'abandonner la figure maternelle incarnée par ma mère adoptive, jusqu'à récemment où j'ai compris qu'il me fallait me séparer de cette femme, sans que je sache bien encore pourquoi et bien que cela soit très douloureux, et sans doute pour elle aussi.
A la rencontre avec mon homme, et pourtant des hommes avant lui il y a eu pas mal, j'ai enfin pu assumer avec lui seul (et cela coïncide avec la séparation d'avec ma mère adoptive) une hétérosexualité accomplie, je parle toujours en terme de symboles. Alors que j'ai besoin d'une vie de couple plus continue, plus quotidienne, et que mon homme ne peut me le permettre avec lui, qu'il me paraît comme normal que nous nous quittions pour que je puisse m'accomplir, mais que l'amour nous lie infiniment il semblerait, que je ne me sens pas de le quitter puisqu'il m'en laisse le choix et la décision, je n'en ai pas le courage, ni l'envie, et pourtant je vois bien que j'ai besoin d'évoluer dans mon expérience et qu'il ne peut me suivre dans ce sens-là.
Peut-être alors suis-je dans une période où il m'est enfin donné la possibilité d'accepter une figure un père paternelle, incestueuse, et sauvagement incestueuse - qu'enfin aimée, dans le désert familial qui est le mien désormais, mais également contrainte à ne pas mener mon amour où je voudrais le mener, pour ne pas le quitter, pour le garder et garder son estime, pour ne pas le blesser, surtout pas le blesser et quand bien même j'ai tenté de lui mordre au sang sa poitrine, sa gorge offerte, il est temps pour moi d'accepter ce que j'ai toujours refusé, accepter le seul qui a été digne d'un amour total, originel, d'accepter de ne plus rompre les liens, mais de les maintenir, de les conserver, de ne plus abandonner, mais d'accepter que la vie soit une transformation sans cesse, de métamorphoses d'humanité. Peut-être est-ce là que réside pour moi le miracle de notre amour, dans la fin d'une tragédie, la mienne, de celle qui me frappe depuis l'enfance, la fin des ruptures.
Commentaires
"que la vie soit une transformation sans cesse, de métamorphoses d'humanité"
Je vous rejoins, si vous le permettez, sur cette idée et son corolaire : nous avons si nous le voulons la "capacité" de progresser en humanité.
Oh pétard ! Je suis mariée à un homme pélican !
MarieM : oui sans doute, la capacité - et combien de capacités non exploiteés, paraît-il...sans doute y a-t-il une intelligence sociale qui se développe plus ou moins en nous. Je ne sais pas, je retourne souvent la question en mille autres corollaires.
A@T : j'ai éclaté de rire en lisant le message...il a un double menton ? allez, avoue!
La fin des ruptures... que c'est beau. Et si celà vous touche alors, après ce que vous racontez ici de vous-même, c'est une forme de grâce que vous toucherez alors. L'harmonie. Ca en vaut la peine...
Il y a un peu de moi là-dedans, enfin un peu...
Homme pélican... j'essaie de me représenter cet animal totémique.
A@T > Tant que ce n'est pas un homme Polident...
chère clair-O,
c'est effrayant comme ce que vous dites est comme un miroir - pas déformant du tout. il m'a fallu quant à moi un long éloignement géographique pour pouvoir sentir que je pouvais et avais besoin de poursuivre mon chemin sans l'homme avec qui j'ai vécu. il avait pris pour moi fonction de pilier intérieur... pas seulement heureusement. un homme plus âgé, sans enfant
merci de partager votre recherche personnelle, si pleine de nuances et de vie
alors là, ça m'interpelle, parce que tu écris bein, comme toujours... et j'ai RIEN compris... en général, chez moi, ça signale une résistance... je vais donc te relire... je vois que ça...
et je t'embrasse.
Merci Quisas Quisas de venir poser quelques mots parfois par ici. L'harmonie, oui - espérons.
BunnyJen : une photo une photo !
aeldyn : je ne m'étonne plus qu'il y ait des miroirs, il y a un an ou deux, cela m'agaçait profondément, je me disais que mon écriture échouerait tant qu'elle ne dégagerait pas ce qu'il y a de plus singulier dans mes expériences, tant que l'originalité ne cinglerait pas. Mais finalement je suis attendrie par toutes nos expériences féminines, leurs intrications, leurs répétitions, notre histoire culturelle qui fait que nous sommes faites de reflets fugaces, de parfums tenaces, de transmission directe et indirecte...d'histoires qu'on voudrait partager. Quand je séjournais en Russie, un de mes plus grands plaisirs était de rejoindre les femmes le soir dans la cuisine et de les écouter parler parler parler, la langue était belle certes, mais je comprenais par bribes toutes ces histoires racontées, universelles, fascinantes - je vous raconte tout ça, je ne sais pas bien pourquoi. Bonne soirée à vous -
Julip : éclats de rire - oui je ne m'étonne pas que tu sois la seule à peu près à t'être rendu compte que ce texte était une grande supercherie...faux vocabulaire psy, réflexion erronée, conclusion aléatoire, patati patata. Sourire...voilà d'où vient ta résistance. Je t'embrasse en retour, pied de velours.
oh, alors, c'est pas du tout ce que j'ai dit... mais alors vraiement pas... et ce mouvement de mes résistances est authentique... et très intéressant pour moi...
mais le pied de velours, et l'embrassade, je prends, tu imagines bien...
Si en plus tu nous fais des blagues comment veux-tu que l'on s'en sorte :)
( BunnyJen, Polident = dentier ?)
ne pas savoir au juste à quel point existe un besoin, c'est une chose, mais est-ce vraiment une raison pour dissimuler ce besoin intérieur en inversant sa direction...
sur l'évolution: probablement.
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