27 octobre 2007

Ma mémoire n'a pas la sensation du bonheur vive. Le bonheur je le ressens sur l'instant. Puis je détruis le moment dans un souvenir qui restera factuel. Le oui je me souviens de telle date, je garde l'idée que nous étions heureux, mais je ne ressens plus ce bonheur, il ne revit pas par le truchement de la mémoire. C'est un processus, parfois je le perçois par des vibrations infimes dans mon intérieur, je sens comme une machine par lequel passe l'impression de ce que je vis et la lente transformation en souvenir, et en souvenir neutre. Pourtant je ne classe rien dans la case "temps heureux", il n'existe même pas de case de ce type dans les archives. Une fois souvenir l'événement dévoile par son achèvement des ambivalences, des ambiguïtés, des sentiments complexes qui n'ont rien à faire et contredisent même la sensation de bonheur, et reste un souvenir inclassable, qui a perdu sa saveur, qui ne me retient pas, mais dont les faits demeurent, selon la dynamique de ma mémoire plus ou moins fidèles à la réalité du passé. J'observe quelques amis parfois raconter un événement qui les a touchés particulièrement, ils s'animent comme s'ils revivaient une émotion intense, revisitée, vive par la seule évocation, tout le corps en fait état. Moi je me souviens mais je ne ressens rien, je peux juger ce qui constitue le souvenir, je peux affirmer j'étais heureuse mais déjà je ne le saurai plus dans mon corps, et je l'affirmerai par un certain nombre de canons du bonheur qui se portent garant de la véracité de mon propos, mais je ne ressentirai pas l'émotion. Je parlerai du bonheur d'une étrangère, j'aurais peut-être même plus d'émotion. C'est une étiquette, des mots. Tout par ma mémoire devient ambigu, ne s'incarne plus. Elle est comme un mur épais de séparation, ou une vitre incassable.

Posté par Lolabrok à 10:47 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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