ClairObscure

"Pour moi - tous les mots sont trop petits. Et la demesure de mes mots n'est que le pâle reflet de la demesure de mes sentiments"

27 août 2007

Lettre XIII la dernière de l'été

Mon cher vous, mon homme, mon voyageur, vous qui serez de retour,

je ne compte plus les jours puisqu'il n'en reste que des heures, des secondes au décompte. Où est donc passée ma libido, je ne le sais pas, si sage je suis devenue, et timide, et silencieuse. Demain vous serez là -

Je l'entends votre voix, quand au téléphone, elle me dira : "bonjour vous", votre voix singulière.

Mon coeur est le moteur de l'avion qui revient. Il s'emballe, il faudrait accélérer le parcours, oui je veux déjà courir le long du couloir sans fin, et retenir le bruit des pas sur le parquet (et les rendre légers comme ceux de belles femmes dans la Bible).

Je serai devant la porte d'entrée, et il faudra que je retienne mon souffle, paraître sans débordement aucun - mais je pourrai vous sauter au cou comme l'enfant, vous traîner par la main en riant jusque dans ma chambre (à l'autre bout de cet immense appartement).

Je serai devant la porte d'entrée, et je regarderai par l'oeilleton votre visage - mais je ne pourrai pas vous mirer, je me connais, le coeur, les émotions, vous comprenez...j'ai besoin de fermer les yeux. Souffler une fois, souffler deux fois, inspirer -

Et vous, m'entendrez-vous derrière la porte ? (non, non, promettez-moi de ne pas écouter, ni d'entendre, faites le sourd)

Je risque de pleurer - pas dans l'immédiat, bien plus tard - dans la chambre, quand mon cul sur vos cuisses - oui, on ne me rend pas fidèle sans tension - maintenant dénouez-moi, et attachez-moi à vous. Des pleurs de joie, oui je sais, mais que voulez-vous, je suis plus femme que je ne l'aurai jamais deviné. (J'ai rêvé de nous heureux dans une maison et son jardin, c'est bête, oui je sais -)

Puis (enfin) nue à vous, pour vous, sous vous, dessus - je serai la fatale que vous connaissez, je serai la jouissive que vous fantasmez, je redeviendrai ce que je suis, aimante et désirante, attentive à votre récit, discrète dans mes émotions, celle de tous les jours - mais avec vous.

Je me suis faite belle tous les jours de l'Absence pour préparer demain, oui. (J'ai traité mes cheveux, j'ai mis les crèmes comme vous me l'avez appris, j'ai lavé mon corps de la même façon, j'ai rasé comme vous aimez, j'ai frotté, j'ai parfumé - vous savez comme je déteste cela, je hais la sensation de la crème sur ma peau, mais j'ai tenu bon - trois semaines pendant lesquelles j'ai soigné mon corps comme je ne l'avais jamais fait).

Je ne l'aime pas pour autant, ce corps, ni mieux ni moins bien - mais je veux bien que vous l'aimiez, puisque vous l'aimez, et vous le rendre toujours plus aimable.

Puis ce soir j'ai noué mes seins, attaché les cheveux, préparé les ongles, les derniers préparatifs -

votre tête de mule, votre femme, votre sédentaire, celle qui vous attend

vôtre -

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21 août 2007

Lettre XI

Je sais que vous aimeriez -

les velléités au bout de vos doigts, je les connais, qui avortent leur mouvement

vous pointez votre sexe triomphant sous mon nez, c'est le premier pas, vous mâle

vos bras ballants, les doigts écartés, parfois qui caressent mes cheveux comme de la soie, et vos gémissements enchuchotés

le reste vous partage en deux, vous avez un sens de l'équité qui couche avec nous au lit, je vous assure

mais vous aimeriez bien -

Quand vous mettez votre chemise, je m'agenouille pour embrasser votre queue molle, puis je vous laisse vous rhabiller

elle pend à la fente déboutonnée de votre chemise,

vous me dites, refaites donc ça - je demande quoi - vous dites, ce que vous venez de faire (c'est aussi un premier pas)

alors je m'agenouille à nouveau et je me farcis la bouche doucement

moi je rêve - peut-être est-ce cela un fantasme

que vous la pointiez sous nez, de une!, et que d'une main vous la teniez bien engageante, de deux! et que de l'autre main vous mainteniez la tête bien ferme par les cheveux, et de trois!

ça ne s'appelle pas de la domination, ça s'appelle s'épouser - épouser les formes de nos désirs

vous aimeriez, oui

mais vous dites que si ça continue, ça pourrait faire mal, très mal, que notre désir pourrait nous rendre animal à en saigner, à s'en arracher la peau, à jouir au delà des limites de la vie

alors vous esquissez, vous retenez, et parfois c'est plus fort que vous - et moi je vais finir folle de désir

un jour vous m'épouserai parfaitement, et je deviendrai une fusée

votre - cul bouillant

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18 août 2007

Lettre IX

Mon cher vous,

DSCN9796Je vous envoie ces portraits car je sais que vous les aimez, vous aimez les images, et vous appréciez les miennes. C'est un exercice narcissique qui parfois me plaît, il y a parfois cette impression qu'en me photographiant pour vous, je réfléchis à ce que je deviens, puis je ne sais comment, j'en viens à des questions plus largement moins engocentrées, à des questions sur l'âme humaine, sur le destin, sur la déchéance beaucoup, sur le sursis ou le miracle. Car du miracle ou du sursis, je ne sais pas ce que je vis en ce moment - est-il possible que je sois devenue heureuse si facilement, après un parcours longuement douloureux, est-il possible que tout cela me soit acquis, n'est-ce qu'une passade, comme le plaisir sexuel qui ne dure que les instants de l'extase soudaine, ou comme je le pense profondément malgré moi parfois, cela est un cheminement, ma vie intérieure désirait se débarrasser de tout ce qui aurait pu empêcher cet épanouissement, si lent, boiteux et gauche.

La dépression - j'étais morte à moi-même, la bizarrerie vitale vient de ce qu'on peut vivre physiquement sans vivre pleinement de tout son être. On peut se maintenir, être maintenu en vie. Il y a des strates de vie en nous. Je les ai touchées, quelques unes sans aucun doute, j'en ai éprouvé comme on plonge son doigt dans un mille-feuilles en fermant les yeux. J'ai plongé hors de moi quand j'ai compris que je pouvais vous aimer. Et vous savez comment en vous aimant,  j'en suis revenue à la possibilité d'aimer à nouveau les gens - soudain la capacité à nouveau de l'amitié, la capacité à nouveau de la famille (cette question tenace du pardon), la capacité enfin de recevoir, puis de donner, de penser au lien à nouveau. J'ai plongé hors de moi.

Je ne devrai jamais oublier ce miracle. Vous mon amour, ma résilience - malgré vous, et je sais que je ne vous suis pas redevable de ma renaissance. Je suis libre, enfin de toute lourdeur affective. Aujourd'hui je dois désapprendre la gravité. Déployer la légéreté.

Longtemps j'ai cru que le visage était un masque. Je me suis souvent regardée dans le miroir - et ce que je vous écris ici, je vous l'ai déjà raconté - et mon visage ne me correspondait pas. Il y avait un désaccord, entre ce que j'imaginais de moi et ce que je voyais. Un jour j'ai lu dans les écrits intimes d'Etty Hillesum qu'elle pensait que l'âme avait un âge et le corps en avait un autre, et que parfois les deux se rejoignaient enfin, et, pensait-elle, ou imaginait-elle, il arrivait qu'on naisse avec une âme âgée, ou ancienne. Elle le dit mieux que cela, je ne fais que résumer ce qu'elle a écrit pourtant en quelques lignes succintes. Cette année, l'année de mes vingt-sept ans, mon corps a atteint l'âge de mon âme, peut-être. Tout du moins ai-je atteint un point d'équilibre qui harmonise les deux. C'est étrange sans nul doute, mais je le ressens au plus profond et au plus superficiel de moi -même. - Il est parfois difficile de retranscrire une expérience intime, parce que les mots manquent, ou que la langue n'est pas adaptée à cette expérience-là. Qu'importe, je veux bien en rediscuter avec toi (oh ! je vous tutoie, comme ça, ce fut automatique), affiner si vous le souhaitez (j'aime votre façon de comprendre, question par question, silence par silence). -

Mon visage a tourné. Il s'apparente autre. Je me suis regardée dans un miroir un soir de cette vingt-huitième année, et mon visage avait changé. Pour la première fois, si l'on me reconnaît certes sur les photos d'enfance, on ne peut plus dire que je n'ai pas changé. Il y a enfin une rupture avec l'avant (ne l'appelons pas l'enfance, ni adolescence, l'avant est plus vaste que cela). Ce visage n'a plus les traits ronds d'autrefois, ni les vagues arrondies de la bonté enfantine. Il est devenu plus aigu, s'est forgé des traits plus sérieux, il a gravé de la mémoire sur sa peau. Autrefois je souffrais beaucoup, et le visage, ce masque que je croyais, ne montrait pas cela. Aujourd'hui (je n'ose pas écrire "désormais") il porte la gravité d'une vie antérieure qui tente la réconciliation avec cet apaisement présent qui vient à moi.

Mon visage n'est plus un masque. Mon visage est un visage. Mon visage ne se fige plus dans d'énormes paumettes et ces zygomatiques puissants qui se tendaient en des rires incessants pour c(r)acher l'humiliation et le chagrin. Mon visage exprime mille autres subtilités aujourd'hui, et mes yeux se sont ouverts. Mon tuteur l'a remarqué aussi. Il m'a souvent dit quand j'étais enfant, que mes yeux ne s'ouvraient pas, que mes cils ne voulaient pas dégager le spectacle de mes yeux. C'était ainsi. Aujourd'hui mes yeux regardent, ils se sont ouverts, on peut même voir le blanc de mes yeux, et je vois mieux ce qui m'entoure, je regarde les yeux des autres, dans les yeux - et cela aussi est miraculeux.

Mon visage n'est plus un masque, il est le miroir de ma vie, le masque de la politesse bien sûr, mais il est enfin ce que je suis - j'aimerais qu'il vous plaise. Je sais que vous en aimez les yeux, et le dessin des cils, je sais que vous aimez me regarder le visage, je suis heureuse que vous y voyiez autre chose que je ne puisse pas voir, le mouvement (vous aurez un jour une supériorité de connaissance de moi-même, vous me saurez plus que moi, par pitié ne me figez pas dans une image) -  j'aimerais que la vie qui l'anime vous soit le retour de cet épanouissement qui a commencé par vous, qu'elle vous vienne cette vie, ce miracle, comme une récompense diffuse de ce bonheur que vous m'inspirez sans doute aucun à votre insu.

DSCN9798

Qu'il vous aide à me comprendre dans les moments que j'anime d'opacité, terrible moyen de défense que je conserve de mon enfance, qu'il vous aide à adoucir cette dureté de coeur dont je fais preuve parfois, vous qui m'affirmez que je possède une apparence plus douce que mon intérieur rude et intolérant, qu'il soit le miel qui adoucit les épines de mon âme en fleurs de mauvaise herbe.

C'est drôle, j'ai écrit tout cela alors que je venais ce soir n'écrire que ceci : aujourd'hui j'aurais aimé mille fois que vous apposiez vos mains sur mes joues et que vous me regardiez tendrement, rien d'autre, aujourd'hui pas de sexe, juste vous.

Sourire en partage,

je vous -  sur le front et le nez

vôtre

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16 août 2007

Lettre VIII

Mon cher vous,

aujourd'hui dans mon sommeil la douleur que vous m'oubliez un jour - jamais, jamais ne m'oubliez, même après, loin après. Je voudrais être une photographie sur vous, plus qu'un tatouage, je voudrais que sur le corps de toute femme, il y a ait l'ombre du mien, je ne vous parle pas du regret, simplement du souvenir de ce que je vous suis, de ce que je vous aurais été.

aujourd'hui oui dans mon sommeil cette douleur que vous m'oubliez, et même si heureux aujourd'hui avec moi, vous me l'avez dit - ne m'oubliez pas, pas le moins du monde, et s'il faudra partir un jour, ou s'il faudra que vous partiez, je veux bien me rendre douce à votre mémoire, ronde et odorante comme le fruit rare.

aujourd'hui cependant, je sais que vous ne m'oubliez pas.

aujourd'hui encore je le sais.

DSCN9784

Je vous embrasse sur le front, tendrement

votre amour longtemps

Posté par Lolabrok à 14:53 - Correspondance estivale - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 août 2007

Carte à vous faire blémir...sourire

DSCN9778

aujourd'hui vous m'avez écrit : "au moment exact où arrivait votre sms, je pensais très précisément à vous. Vous aviez les jambes écartées, je me tenais assis, tête face à votre sexe. Goulu."

Vous êtes fou, vous voulez que je me jète sur le premier venu ?!

Solines est arrivée - moins de temps pour écrire jusqu'à demain - quelques images pour aller plus vite...

baisers, baisers, cessez de me titiller à distance le bout de ma féminité -

je vous -

vôtre

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13 août 2007

Lettre VII

Plus vous m'écrivez et plus j'ai envie de vous. C'est une équation simple. Poursuivez, et j'éclaterai comme une baudruche. Aujourd'hui deux messages de vous déjà, et à des heures très différentes de celles où je les reçois depuis votre départ.

Votre dernier sms : "je pense souvent à l'effet que vous feriez dans ce monde de filles filiformes, sans hanches ni seins, cela me fait sourire (et bander). Je vous -"

et savez-vous comme c'est étrange, tout à l'heure je me suis endormie aux Buttes Chaumont, sur la butte où je me rends souvent par habitude, je me suis endormie profondément dans un moment de grand rayon de soleil, quand dans mon sommeil quelque chose m'a gênée, m'a dérangée, quelque chose d'insistant, un peu comme une mouche qui ne cesse de venir sur vous, ou comme une lumière rouge qui plonge dans votre oeil, je ne savais pas exactement. Alors j'ai ouvert les yeux, et devant moi à moins d'un mètre - un homme asiatique, rachitique, assis tentait de regarder sous ma robe, courte certes (mais qui m'a dit de faire bronzer mes jambes vertes, je vous le demande) - le pauvre homme en bavait presque. Il aurait pu être l'idiot du village. Le spectacle a amusé les quelques personnes qui bronzaient sur le même versant de la butte...j'avoue que je déteste qu'on me réveille pour des broutilles.

Ceci dit, le soleil n'est pas encore éclatant - on s'attendrait presqu'à un nouvel orage pour ce soir...j'ai très mal à la gorge. En fait au vu de ce que je ressens et de ce que je vois au fond de la gorge, ce n'est pas une bronchite mais une angine. Saloperie, j'avais rien demandé !

Je vous - avant d'éclater comme une baudruche.

PS : après-demain Solines s'en vient ! Ai reçu quelques nouvelles d'Oo, ai vu d'ailleurs un article sur le fameux festival de musique là-bas, lui ai conservé l'article.

On y parle aussi de la mousson par chez vous -

Posté par Lolabrok à 18:19 - Correspondance estivale - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

12 août 2007

Carte à dormir debout en plein été

Vous, vous, vous,

été en pente, bronchite et orages. Il n'y a que les orages qui ressemblent à l'été depuis près d'une semaine. J'ai peu dormi depuis hier soir. J'aurais beaucoup à vous raconter, mais les yeux se ferment seuls comme sur les poupées qui disent maman quand on les couche. Aspirine, lit, et bouteille d'eau, pour écumer la fête d'hier soir. Je crois que les poupées disent oui aussi, ou pipi. C'est drôle, la mienne fermait les yeux et se taisait, et c'était bien mieux comme ça. J'aime les orages et la pluie parfois. Vous n'aimez pas la pluie, ou la pluie tropicale parfois. C'est pourtant incroyablement jouissif de marcher sous la pluie drue, les épaules basses, la tête haute, de courir ou de s'embrasser sous un torrent d'eau du ciel.

Mais je n'ai pas marché sous l'eau, j'ai écouté le cello au son étouffé par ses fenêtres fermées aujourd'hui, celles de ma cuisine étaient ouvertes pourtant. J'ai ouvert de celles de ma chambre quand l'orage a éclaté, puis je les ai refermées pour le restant de la journée. Je m'effondre, voyez - le temps d'une nuit.

On se mariera, et la poupée dira oui, ou pipi, ou maman, et on rira en se tenant la barbichette. Et ils eurent beaucoup d'enfants.

Chuuu...t

vôtre -

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11 août 2007

Lettre VI (la lettre V ayant été déchirée)

Vous,

j'étais dans la cuisine, je commençais de nettoyer le sol, du four sortaient les odeurs de la compotée de légumes que je faisais cuire, la radio m'accompagnait quand soudain, dans la cour, très proche, a envahi un son de cello - connaissez-vous le son du cello par un jour de pluie, quand il ne pleut plus, ou qu'on attend la chute de l'eau, dans une cour, là vers l'appartement tout en bois que je vous ai montré plus d'une fois, car je le trouvais beau, là par la fenêtre un jeune homme tenait son cello, droit sur son siège, le visage parfois emprunté, concentré, il le tenait avec la simplicité que le musicien entame quand il s'exerce et ne joue pas encore.

Il jouait cependant, et le son chagrin retentissait dans toute la cour, mon coeur a sombré, j'avais éteint la radio pour ne rien altérer de ces notes longues et graves qui venaient percuter contre les vitres ouvertes de ma cuisine - et tandis que mon coeur sombrait, mon corps tremblait à l'intérieur dès que les aiguës escaladaient les murs lézardés de la cour, je n'ai pas pu empêcher l'organe de tambouriner plus fort, plus rapide que la musique qui se jouait, la mélancolie était là, douce, prête, proche de la sensation érotique, et j'ai regardé parfois le jeune homme devant son cello, me demandant s'il sentait mon regard dans ces moments-là - il faudrait le remercier de laisser la fenêtre béante.

Mon coeur battait, j'ai fini aussi vite que j'ai pu de laver le sol, mon coeur allait se rompre si je ne venais pas vous écrire ici, il n'y aurait eu qu'un moyen de me faire l'amour aujourd'hui, sous la pluie du cello, sous les notes qui sciaient leurs incisives dans mon coeur, il aurait fallu que vous plongiez vos mains dans ma poitrine, que vous écartiez la chair et les côtes, que vous me saisissiez intérieure, que vous n'atteigniez mon clitoris que par le tremblement flasque de mes entrailles.

Si vous aviez été là, oui, comment aurions-nous fait l'amour...peut-être à la fenêtre au-dessus du regard du jeune homme qui jouait sans voir autre chose que son intérieur, autre chose qu'une partition envolée dans l'espace, qui regardait sans voir le réel. Oui, j'en suis certaine, c'est exactement à cet endroit que vous m'auriez prise pour que le jeune homme au cello ne m'emporte jamais, pour me posséder plus que vous ne le voudriez.

Prenez mon corps épars, revenez vite le clouer au vôtre -

je vous aime, au-delà de toute raison, au-delà du raisonnable. Qu'importe le cello qui m'a fait sombrer quelques instants dans une mélancolie que j'ai perdue depuis vous -

je vous - des pieds aux genoux

vôtre

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09 août 2007

Lettre IV

Mon cher vous,

aujourd'hui vous m'avez écrit, le jour-même où l'absence pesait un peu, où j'avais souhaité un signe, un mot, une présence. Vous m'avez écrit, simplement quelques mots, mais quand sur l'écran du mobile a surgi votre surnom mon coeur a bondi, un saut suspendu, précipité. Vous m'avez écrit, et j'ai lu : "Cette nuit vous étiez si présente...C'était...Fort." - et j'ai imaginé qu'à 16h23 c'était le matin pour vous.

Je n'ai rien calculé, ni le décalage horaire, ni les kilomètres, ni même les jours qui ont passé depuis le premier sms de vos vacances - je ne sais rien de tout cela. Rien, si vos nuits sont mes jours, si au matin parisien vous sombrez dans l'obscurité, si nous vivons quelques heures au même jour, si le soleil brille quelques instants sous le ciel partagé, non de tout cela, rien. Pourtant je devrais n'est-ce pas ? je devrais vérifier si vous aviez pensé à moi, si fort, rêvé sans doute, quand toute ma mémoire vous évoquait, ou quand hier soir, troublée par l'histoire d'amour de l'oncle d'Oo, cet homme amoureux d'une femme de devoir, d'une femme familiale, au désespoir de ne pouvoir partager d'autres instants que le temps volé à sa famille et à son devoir conjugal, au désespoir de se cogner aux différences irréductibles entre elle et lui, quand troublée par cette histoire, j'ai raconté un peu de la nôtre aussi, émue, incroyablement émue - me souvenant à nouveau comment au -delà de vous, au-delà de nous, nous - m'a éclatée vers le devenir, vers le mouvement, m'a ouverte à l'humanité, m'a apporté la volonté de panser les plaies.

(Je ne devrais pas laisser le quotidien aplanir ce miracle, je ne devrais pas).

Est-ce à ce moment-là que ma présence dans votre nuit s'est-elle imposée ?

Longtemps je resterai marquée par l'étonnement de ces moments singuliers où vous vous manifestez, ces heures où habituellement vous ne vous manifestez jamais, parce qu'à ces moments très précis vous avez ressenti quelque chose, comme de mauvaises ondes qui vous venaient de moi, vous aviez pressenti un vague à l'âme, une douleur, un malaise qui m'envahissait - et à chaque fois, vous tombiez juste. Vous ne saviez pas exactement pourquoi vous m'écriviez ou m'appeliez à ces moments-là très distincts - et la coïncidence nous épate.

Qu'est-ce qui vous lie à moi ?

Mon corps vous désire aujourd'hui -

j'ai pensé et repensé, vu et revu, réimag(in)é cette scène de nos ébats : vous me preniez en levrette, sur mon petit lit, votre rythme s'était intensifié, le rythme devenait rapide et brutal, au point que je ne ressentais plus votre verge rentrer sortir, je sentais une longueur de chaleur uniforme, jusqu'à ce que le gland s'éclate contre la paroi de mon ventre, je penchais la tête, je voyais la peau de mon ventre se déformer un peu à chaque passage, j'avais un tuyau de chaleur qui se diffusait dans le vagin puis éclatait régulièrement comme une ampoule contre la paroi interne.

Votre rythme s'intensifiait, vous aviez cessé de poser vos mains à plat sur mes reins, vous attrapiez déjà la peau sur la taille, et vous vous agrippiez à elle.

Le rythme s'intensifiait, mon corps sursautait à chaque à-coup irrégulier sur le lit et je tendais les bras pour me retenir au matelas, tout trésaillait, ma poitrine, ma graisse, ma peau, mes cheveux, mes seins sautaient dans une cadence de plus en plus folle et brutale.

Mon Dieu, quelle surprise ! vous qui me prenez délicatement, longuement, qui allez et venez lentement, pour éprouver la moindre sensation, pour écouter presque nos peaux frotter l'une contre l'autre, et même à l'intérieur, cette fois-là vous vous êtes perdu, oublié dans une transe dont vous ne vous rendiez même pas compte, dans une transe qui m'emportait, cette animalité soudaine.

Puis tout s'est arrêté - vous haletiez, vous êtes tu, vous remuiez aveuglément, vous ne bougiez plus - et si soudain.

Vous auriez pu m'emboucher ainsi toute la journée, m'emporter dans la folie si vous l'aviez voulu, et quand je vous ai remercié, que j'ai remarqué que jamais vous ne m'aviez prise ainsi, jamais vous n'aviez incarné vos ongles jusque dans les os des hanches, que j'ai joui de n'être plus que l'onde chaotique de votre plaisir...vous n'aviez eu conscience de rien de tout cela. Vous êtiez perdu, dans ce désir qui nous surpasse, qui parfois insurmontable, plein et insatisfait, nous pousse hors de nos retranchements amoureux.

Je voudrais retrouver cette folie ce soir, et vous m'avez écrit aujourd'hui, c'est merveilleux.

Vôtre -

Posté par Lolabrok à 20:19 - Correspondance estivale - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Carte improvisée sur un bout de papier

La première chose qui m'a étreinte lors de votre départ - la peur d'un accident d'avion - peur que vous mourriez aussi - ma mère écrivait toujours ses dernières volontés dans une enveloppe, m'expliquait qu'il y avait sur son bureau une enveloppe à remettre à son père en cas de problème - vous vous souvenez de nos premières rencontres où vous aviez mon numéro de téléphone et que je n'avais pas le vôtre - et que vous preniez votre scooter en repartant de chez moi - même les jours de pluie - et qu'un jour nous nous sommes rendus compte que personne n'aurait pu me prévenir en cas d'accident qui vous emporterait ? Personne pour me prévenir. Vous m'avez serré dans vos bras.

Aujourd'hui j'ai votre numéro, mais toujours personne qui me prévenir.

Demain Oo part à Bucarest (ou Budapest...? oh puis zut, elle part) - a trouvé un cocon qui sait amoureux, c'est merveilleux n'est-ce pas...Avons passé la soirée avec son oncle - soirée dense et...oh je vous raconterai.

Baisers, pensez à revenir vivant -

vôtre, vôtre, vôtre --- et même pire

envie d'au moins votre queue entre mes lèvres, ou ?

Posté par Lolabrok à 02:08 - Correspondance estivale - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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