28 octobre 2007
De notre dernière nuit d’amour je retiens sa main comme la tête du chat noir qui cherche le réconfort sous le drap chaud, c’est en sursaut que j’ai surgi d’un sommeil que j’aurais cru profond, il s’était penché sur mon matelas, les cheveux ébouriffés par les heures de sommeil courtes et c’est souvent que je me suis réveillée cette nuit pour lui demander s’il allait bien, s’il dormait, s’il voulait un verre d’eau, amoureuse inquiète de lui offrir un logis rudimentaire, il était penché sur mon matelas, faufilant la main sous le drap et la couverture vers ma cuisse ou mon ventre, je crois qu’il retenait son souffle, et dans ses yeux somnolents, j’aurais presque deviné de la malice, je me suis réveillée trop tôt pour qu’il éprouve le plaisir de me réveiller de ses caresses, pourtant voilà le soulagement étrange dans son regard de me retrouver déjà, je ne sais quels mots j’ai prononcé la bouche enfouie dans les plis lourds du drap couvert, mais il comprit l’invitation et s’est glissé près de mon corps, j’aime ces moments presque enfantins et son corps allongé a passé de son matelas au mien sans même se déplier tout à fait, et que de baisers, que de baisers à profusion, vous êtes là mon amour, oui – et le plus beau, le plus émouvant : nos sourires qui ne cessaient de se répondre, plus quiets que ceux de tous les Bouddhas en orgie dans un lit. De toutes nos nuits d’amour, celle-ci je l’ai gravée sur l’écorce de ma peau, et d’une flèche tenace.
D'une certaine manière le présent enculait l'éternité.
15 octobre 2007
Un doux air de rien...
Croyez-vous au désir ? Croyez-vous au désir d'aimer ou au désir d'être aimé ? Croyez-vous que le désir porte vers l'un et vers l'autre également comme des fluides en quantités égales ?
Je ne devrai croire qu'aux événements et aux phénomènes du corps. Il remporte toutes les fins, toutes les victoires, il aura toujours le dernier mot quelque seront les luttes de la conscience et ses interpositions.
Le corps ne ment pas face au désir, le corps ne sera jamais une volonté - il suinte, exprime la véracité du désir, il mouille, il bande, étire laé peau, il tremble, il sue. L'esprit donne l'assaisonnement, plus ou moins de piment, le mensonge, l'oubli, le partage, la manipulation.
Croyez-vous au désir ?Ne pensez-vous pas qu'il cache un espoir d'amour ? En ce cas est-ce que le désir est viable ? Est-ce important ? Aimez-vous l'art brut ? Revenez donc me baiser et je vous donnerai l'air d'oublier la tragédie de l'amour...
14 octobre 2007
Egoïsme pour égoïsme -
Je me sens épuisée, de je ne sais quoi, fatiguée d'une vie d'attente, où même l'idée de récompense de l'attente n'a plus de sens idéal comme je l'imaginais plus jeune, d'une attente que personne au fond ne m'a imposée, et que j'ai nourri patiemment. Alors quand elle a appelé, s'est rappelée à mon souvenir, après le long voyage de quelques mois que lui imposait son métier, j'ai accueilli avec une lassitude immense ses mots qui sortaient de sa bouche comme dans un seul souffle ininterrompue, elle a coupé le son de sa langue aussi longtemps que possible, trois ou quatre secondes, pour me demander, et toi ça va ? Je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire simplement, oui je vais déménager. Ah oui, a-t-elle répondu, moi je suis chez le coiffeur, et voilà qu'elle poursuivait la course folle de paroles qui comblaient je ne sais quel vide, un vide qui n'était pourtant pas le mien.
Je me demandais si elle parlait toujours comme ça, et comment j'ai pu oublier le débit si rapide de sa voix. Tu as toujours les cheveux bouclés ? elle n'a pas répondu à ma question, elle poursuivait de me raconter son arrivée chez elle après le long voyage. Tu as toujours les cheveux bouclés ? j'ai répété. Des floppées de phrases plus loin, où je sentais que je respirais pour elle aussi qui trop nerveuse expirait sans penser à inspirer, j'ai pensé à mes poumons qui ne respiraient qu'au tiers de leur capacité à cause d'un asthme persistant et que bientôt je raccrocherai à bout de souffle. Tu as toujours les cheveux bouclés ? les mots percutèrent enfin son entendement, ce qui la troubla un peu, elle s'arrêta dans un "Pardon ? oh oui oui c'est toujours le grand foutoir là-dedans", j'ai souri, elle ne l'a pas senti j'imagine. Puis elle a poursuivi ce qu'elle avait à dire, et je ne suis pas bien certaine qu'elle savait exactement ce qu'elle souhaitait exprimer vraiment. Elle m'a demandé si j'avais du temps libre, je lui ai répondu que la question était étrange, pas vraiment en ce moment, je vais sans doute déménager bientôt, je cherche un logement, eh bien elle m'a dit qu'elle passerait un week-end, j'ai dit bientôt, moi je suffoquais au téléphone, j'avais plus d'air, je ne sais pas c'est quand, je n'ai pas le temps.
Elle s'est arrêtée, comme si elle m'aurait regardé le visage suffoquant et boursouflé par le manque d'air dans les poumons, elle s'est arrêté et a ponctué son silence, je dis silence mais c'était un quart de seconde, elle l'a ponctué par un "oh! eh bien ce sont des choses qui arrivent". Ecoute je te tiens au courant, si tu peux, je passe sans doute en novembre, on se voit, de toute façon je te tiens au courant, bon big kiss, je suis chez le coiffeur. Puis silence au bout du fil. (Inspire ma fille, inspire.)
Quand il y a quelques années je l'ai cherchée sur tous les botins des parties du monde où elle aurait pu se trouver, puis que j'ai eu l'idée de chercher grâce au botin de Hotmail son courriel, et que j'y parvins, je lui avais écrit, et j'avais attendu sa réponse. Elle avait deux homonymes dans le monde, des trois elle seule me répondit, c'était bien elle. Elle semblait très troublée d'être retrouvée, heureuse dans un sens que je ne comprenais pas, un peu hystérique aussi, pleurer de chaudes larmes est une spécialité de famille, il faut croire. J'ai été fière de moi, et pourtant très déçue, déçue qu'elle soit vivante sans qu'elle n'ait cherché à me rencontrer depuis que j'avais l'âge de douze ans, déçue qu'elle ne se soit pas renseignée un peu sur la vie que je menais sans elle depuis l'année où elle s'est séparée de nous, ma soeur et moi. Mais quand j'ai appris tout aussi violemment qu'elle travaillait parfois en France, dans le sud de la France, lors de ses nombreux voyages en yacht dans le monde, et qu'au moment même où je m'adressais à elle pour la première fois depuis treize ans, elle était en France, j'ai eu la secrète envie qu'elle se déplace à Paris pour nous rencontrer.
Elle me demanda à cette époque si j'avais des nouvelles du père de ma soeur, et je répondis qu'il s'était nouvellement installé en France depuis la mort de ses parents. J'appris quelques jours plus tard qu'elle était allée le rejoindre à l'adresse que je lui avais indiqué, mais qu'elle n'avait pas le temps de monter sur Paris. Elle ne l'avait pas vu depuis aussi longtemps qu'elle ne m'avait pas vu, ni ma soeur. Elle ne monta jamais sur Paris. La douleur me frappe de manière cinglante dans le coeur. Rien ne servait d'avoir attendu, ni d'avoir souffert de la manière la plus romantique une femme qui n'a pas su récompenser son enfant de sa fidélité naïve. Ce fut mon dernier morceau de naïveté brisé comme de la porcelaine alors que je le croyais de verre incassable. Je lui fis entendre ma déception en quelques lignes, entre les lignes aussi, elle y répondit mal, se sentant accusée, refusant toute culpabilité, culpabilité dont je ne l'accablais pas. Puis je cessais de lui écrire régulièrement, ma soeur reprit le fil, l'entretenait de quelques mails parfois plus véhéments que les miens, et de quelques coups de fil, puis devant les incessantes allées et venues de notre mère de par le monde sur le bateau pour lequel elle travaillait, ma soeur cessa aussi d'écrire et attendit que le contact vienne spontanément de cette femme.
Je ne dis pas que l'attente que j'avais des retrouvailles avec ma mère disparue un jour de ma vie était justifiée, ni qu'elle se devait d'être récompensée. Certes non. J'aurais pu la haïr, et la bannir de ma vie. J'ai su aussi la remplacer très vite par une autre femme au caractère trempé et unique, j'ai su dans mon attente pourtant la remplacer et faire la place à un autre lien maternel plus fort encore, plus passionnel aussi, et j'ai su me passer d'elle - j'annonce cela sans rancune, ni volonté de me venger. Je n'ai rien sacrifié toute romantique que j'étais, et je ne suis pas sûre que ma vie aurait été belle, ni même heureuse si j'avais passé mon adolescence sous le joug de ma mère naturelle dont la vie n'avait jamais su être stable. Il est fort possible que j'aurais continué une vie très chaotique, et certainement désolante. Je ne regrettais pas une autre vie, je ne la regrettais pas elle, mais je regrettais l'idéal d'un amour maternel, une tendresse innée, du moins naturelle et non acquise, une limpidité de l'amour, un amour qui n'avait pas besoin de justifications, ni de preuves, un amour qui n'était pas menacé par le pardon, ni la déception. C'était cet idéal que je portais en cette figure maternelle qui devenait avec les années de plus en plus abstraite et désincarnée.
Tout ce que je sais, c'est que comme à chaque déception trop douloureuse pour ma conscience, que pourtant mon corps encaissait bien, il se produisit, lorsque je compris qu'elle ne se déplacerait pas me voir mais était allée se jeter sur le père de ma soeur pour régler je ne sais quelle affaire qu'ils ont préféré tous les deux tenir secret, il se produisit comme toujours ce que je ne contrôle pas : une cassure définitive, la cessation d'un contrat implicite, avec une intransigeance et une impassibilité dont parfois je suis effrayée d'en faire preuve si naturellement, la fin de l'attente et des espérances, l'impossibilité d'une quelqueconque compassion pour cet être, l'impossibilité nette de l'amour. Mon corps réalise cette cassure nette, irrévocable, que j'ai maintes fois expérimentée notamment avec les hommes.
Il fallait désormais entrer dans la phase hypocrite de la gentillesse, de la tolérance, de l'acceptation, dans la phase du labeur - quand l'amour est l'acceptation naturelle, et l'élan vital qui porte facilement même quand il faut traverser l'adversité, toutes les difficultés de la vie, la maladie. A la fin de l'amour, c'est de la politesse qui me conduit, et malheureusement je n'ai pas toujours la patience des gens polis. Et pire encore, je n'ai pas le sens du tout des devoirs familiaux, je n'ai pas le sens du tout des obligations. J'ai le sens du sacrifice quand j'aime, mais personne n'a su m'infliger la rigueur de l'obligation, bien que je le regrette parfois car je m'intégrerais bien plus facilement dans le monde actuel.
De là venait l'immense lassitude de l'entendre, cette femme au téléphone, alors que quelques mois auparavant j'avais quitté toute ma famille adoptive, toute idée de famille conciliante et réconfortante et qu'elle n'avait pas donné de ses nouvelles depuis près d'un an. Pourtant, elle nous appelle parfois pour nous donner de ses nouvelles depuis quelques années, plus que pour prendre de nos nouvelles. Parfois j'imagine à quel point cela doit être dur pour elle d'être fière de ce qu'elle est devenue, que cela doit être dur de vieillir sans racines, de vieillir sans poser un pied à terre dans un foyer construit, ni propriétaire, ni mère, ni femme de -, ni riche. Femme marin. Femme seule.
Mais si je n'ai pas tout à fait envie de la rencontrer désormais, que les questions que j'ai à lui poser sur notre passé, sur le sien aussi, sur celui de ma soeur, sur le mien, désormais je les sens vaines car sans doute elle ne saura pas y répondre, ni répondre à mon impatience de savoir d'où je viens, à mon besoin de me construire un passé, de combler ma mémoire et de lisser ses aspérités, il faut que je la rencontre, ne serait-ce pour nous donner une chance, la chance d'une rencontre, pour voir au-delà de sa peur, de sa crainte d'être bannie, d'être jugée, d'être accablée, pour voir qui est cette femme qui un jour m'enfanta dans sa première jeunesse, une chance d'apaiser notre présent, et d'aplanir demain.
Je me souviendrai toujours de ce que m'avait dit ma mère adoptive, elle avait lu que les enfants séparés de leur mère souffraient d'une chose essentielle : de ne pas la voir vieillir. A l'époque je me suis sentie étrangère à cette sentence. Pourtant maintenant que je prends conscience d'un vieillissement autrement que par la pensée, par l'expectative, mais par l'expérience du corps et de la vie qui poursuit son cours, je comprends que j'ai besoin aussi de savoir à quoi peut-être je pourrais ressembler un peu, de l'aspect de miroir que peut avoir la relation maternelle. Cela me chagrine vraiment de savoir et de l'avoir entendue me dire qu'elle ne se trouvait pas belle, et qu'aller chez le coiffeur ne la rendrait pas plus belle. J'ai encore à avorter l'idéal d'une mère qui me dirait, tu es belle ma fille, tu tiens de moi, je suis fière de toi ma fille, tu tiens de ma race.
Mais je garde l'espoir de tirer à son insu peut-être toutes les histoires que je pourrais, de récolter tous les indices d'un passé que mon intelligence psychologique saura déceler, d'écouter cette voix insatiable, rauque et au léger accent américain, raconter au-delà de son présent, des petites histoires, toutes petites histoires avec lesquelles je ferai des mythes de mon histoire, des mythes de mon enfance, des piliers solides, une clef pour fermer la porte derrière moi sans regret. L'espoir de nous retrouver un peu.
Ensuite je tenterai de m'intéresser à la femme. A ce qu'elle est devenue sans nous. A ses motivations. A sa stratégie de vie. A ses déceptions, à ses regards sur les hommes. A la sagesse d'une vie bien remplie qu'elle semble continuer à vivre.
Egoïsme pour égoïsme.
06 octobre 2007
égnaule-toi, va
Décris le manque, tu te fous de moi, tu voudrais que je décrives le rien, une particule de quotidien, imperturbable, un rien fait d'expectatives sans queue ni tête, sans queue en ce moment, vierge pour un homme, voilà c'est peu ça le manque, virginale pour une mère, c'est aussi ça le manque, demeurer une page blanche offerte (mais douloureuse) pour l'autre absolu, l'autre comme moteur - écrivain, auteur, cinéaste - de nombril, vrooum le nombril quand il me pénètre mon homme, vrooum le nombril quand elle s'impose la mère, moi moi mais c'est rien moi, quand le manque se fait dorer au soleil, et c'est un truc béant, quand souffle l'hiver gris. Il faudrait presque me voir en caméléon aux couleurs qu'on m'impose, je sais pas la liberté, ça fait trop mal, mais je sais bien jouer l'indépendance, je te jure, tout un numéro, l'indépendance, à toutes les sauces, féminine, familiale, amoureuse, amicale - sauf financière, peux pas être riche en tout, hein.
Oui quoi ?! Tu veux que je décrives le manque, très bien. Le manque, c'est quand j'ai l'entière inquiétude de ne pas me satisfaire à moi-même, peux pas vraiment appeler ça de l'angoisse parce qu'on sait de quoi ou de qui on manque, exactement comme on sait de qui on tient aussi, c'est du pareil au même. C'est le positif et son envers. Je suis une personne adulte, j'ai toutes mes facultés, mentales pas toutes non, la fin progressive de mes neurones a commencé son processus, ma mémoire ira se dégradant, mes facultés aussi, et je te dis pas quand je serai malade peut-être je peux aussi échapper à ça, la maladie, sauf que l'intelligence sentimentale, elle, elle dure, elle demeure, elle n'a pas besoin de toutes les connexions de l'intelligentsia neuronale, le manque je crois que ça se situe là, dans l'intelligence sentimentale, dans les réminiscences du corps, quelque chose en rapport avec la sensation, si on devait imaginer l'envers des cinq sens, parmi eux, il y aurait le manque, c'est comme un flair ou son contraire, comme une ouïe ou son contraire, comme la vue ou son contraire, comme le toucher ou son con. Le manque, ça ressemble à ça. Je vois bien, avec tout ce que je te dis là, t'as plutôt l'impression d'être devant un tableau abstrait. Putain, ça tombe bien, j'essaie de faire de l'impressionnisme.
Le manque, comment te faire comprendre... Le manque, c'est avoir un nerf qui transmet des informations qui n'aboutissent pas. Bip bip flop. On lance des messages, plein de messages, en fait ils disent tous la même chose, dans la névrose - sorte de fain inassouvie de réponses, et les réponses on peut toujours courir en rond, ça finit en frustration, parce qu'on en a conscience du manque, le manque est un rien certes, mais bien présent, il est là à table, il est là dans la rue quand tu marches, il est là dans ton lit, sous ta douche, et t'as beau faire brûler ton eau, le manque il se décroche pas de ton ombre, il est partout dans tes pensées, tu vis avec, tu couches avec, tu te masturbes avec, tu le laves avec tes pieds, tu le nourris bien gras, tu l'arroses bien salé parfois dans une rivière de larmes, t'aurais presque idée que le manque remplace son objet, y'a plus d'objet au manque, tu avais un manque de lui, eh bien t'as plus que le manque tout court, t'avais un manque d'argent, eh bien te reste le manque, fini le complément, fini. C'est un peu ça, comme une obsession, et il y a bien un moyen de l'oublier un peu, c'est l'acharnement dans l'occupation, une lutte de territoire, en avant la conquête, occupe, occupe, occupe-toi, travaille, fais le ménage, oublie de penser, oublie le repos, occupe tout le temps, conquiers-le, envahis l'espace, sois agressif au monde, moi ça m'emmerde, je t'avoue ça franchement, ça me les pète un peu de me fatiguer pour un rien dictateur.
Bon sinon tu peux toujours appeler, dire allô, bobo à un pote, une copine bien intentionnée. Allô, tu fais quoi ? Ou t'acheter le chocolat noir au Monop'. Noter une liste de manques à combler, oui parce que c'est comme des trous qui demandent à être bouchés, une vraie liste de Schindler qui serait tomber par erreur dans tes mains de Führer naissant, puis les abattre un par un, courez mes petis, courez, puis pan ! pan ! et pan dans le dos ! Les trous, tu les fais toi tout seul. En tout cas t'es obligé d'agir. Tu peux pas rester là à rien faire, parce que ça se nourrit de ton oisiveté, et ça grossit de ta vacance, et avec la dépression alors là, tu nourris un monstre qui va te dépasser en taille, et je te le souhaite pas. Bon en même temps comme je te le disais tout à l'heure, tu te sens pas seul comme ça, hein, pas le moins du monde, t'es pas mal occupé avec toi-même, avec un molosse pareil. Oui, c'est ça, c'est comme une insatisfaction mais passive, elle te vient tu sais pas trop d'où, même si tu peux désigner l'objet de ton manque, et même si t'as la psychanalyse et le reste pour te montrer du doigt à cause de quoi, et pourquoi, bah n'empêche quand c'est là, faut faire avec et prendre ses reponsabilités, agir, décider, exterminer une bonne fois pour toutes...
et après ? après quoi...? ah après l'avoir piétiné, enfoncé, exterminé ? bah rien, y en a un autre au coin de la rue qui te saute à la gorge. Pouah, et tu voudrais que je te décrives le manque ?! On a pas fini !
25 septembre 2007
Je vous -
Je ne sais plus écrire sur nous - est-ce parce que nous plongeons dans une intimité chaque fois plus élastique, qu'entièrement offerte, je dirais davantage si je précisais "dangereusement offerte", quand nous nous quittons c'est une dizaine de couches de peau que j'ai enlevées jusqu'à la chair, et jusqu'au tréfonds de ma personnalité, et j'essaie de contenir toute la douleur et toute la haine que je pourrais lui déverser à lui mon homme de m'approcher de si près, de me serrer si fort, de posséder une part immense d'un butin spirituel que je ne sais lui cacher désormais - d'être après ma mère adoptive sans doute celui qui me connaîtra le mieux. Je ne ressens pas la nécessité de partir, devrais-je ajouter "encore", je ne pense pas, je ne sais plus, j'ai peur de me livrer, d'être une fragilité transparente comme un cristal à facettes usées. Où est passée l'enfant sauvage, le chaton aux griffes comme on m'appelait autrefois, cet être qui clamait que le pire serait qu'on découvre d'elle plus qu'elle n'en saurait jamais sur elle-même.
Je ne saurai plus faire l'amour à personne d'autre, je m'entends me le dire quelquefois dans le tourbillon de mes pensées, quand mes cuisses écartent mon âme sous la pression de la chair dure, quand mes oreilles se tendent vers la voix qui vibre sur les organes internés dans mon corps en déséquilibre d'amour, il me dit je t'aime, il me l'a dit plein de fois ce lundi-ci, et je lui ai chuchoté, chuchoté chuuut, mais vous n'allez pas m'interdire ça, c'est lui qui a rétorqué : vous n'allez pas m'interdire ça - non bien sûr je ne peux rien lui interdire sous la menace de ses caresses fatales, de ses yeux inquisiteurs, je vous aime, il répète tandis que je me demande soudain si je lui interdis autre chose, que mon esprit rompu à la grammaire scolaire s'interroge sur ce ça, ce ça et en dehors de ce ça, est-ce que mon être lui a parlé sans ma conscience, est-ce que mon être a su lui transmettre d'autres messages, que sait-il de ce langage silencieux, de notre silence langagier, qui le sait ? Je ne suis qu'une fleur aquatique, que les flux et les pressions éclatent, il va et vient, je jouis, les mains pour taire les pensées malsaines, les mains pour accélérer ma perte, je voudrais rouler ma tête sur le sol, qu'elle roule, puis il jouit comme un homme au volant, dans l'accélération, il jouit et j'en veux encore, encore, encore, mille fois encore - et son corps titille ma peau de ses tremblements frénétiques, mon homme a joui, c'est une petite fin du monde.
Je ne sais plus écrire sur nous - je ne sais plus, je ne connais plus, je n'ai plus les mots d'une relation qui a dépassé les frontières de mes amours antécédentes - je suis hors-frontière, dans l'inconnu - hors des règles que je souhaitais m'imposer, hors de moi peut-être - et quand il dit je vous aime je ne sais pas à qui de moi au pluriel, à quel être s'abandonne-t-il, à quel être ment-il au futur, qui suis-je quand je m'oublie dans ses bras, je me pince les lèvres, ne pleure pas, l'immense me fait tourner la tête, montagne russe quand on pose la question, si je tombe, je meurs ? si le boulon lâche, adieu la vie ? alors je le serre dans les bras comme on serre un enfant fort, la tendresse d'un baiser sur la joue, je vous aime moi aussi, qui que je sois, telle que je me découvre en vous, je vous aime aussi, vous l'homme plus femme que moi puisque vous m'enfantez, je suis votre enfant, votre femme qui n'est pas votre femme, votre amante, votre désir, une partie de votre tout, celle qui vous rend heureuse sans doute. Non je ne sais plus écrire, quand les mots désintègrent, catégorisent, nomment - je ne sais plus, non vraiment, démêlez mon amour, démêlez nos chairs, démêlez nos regards, nos sexes, les franges de nos vies en partage, nos devenirs. Je veux bien avouer que le langage n'a pas échoué, que j'échoue dans l'entreprise de transcrire, de trouver les mots, à peine ai-je le rythme de nous - peut-être existe-t-il une langue qui nous correspond, qui saurait nous chanter, qui saurait louer notre amour, peut-être.
Je ne sais plus écrire sur nous, pourtant autrefois je vous écrivais parmi les plus beaux textes d'amour, et des femmes et des hommes qui me lisaient vous, nous, m'enviaient cet amour au-delà, cet amour éclatant, cet amour en guerre, des femmes et des hommes n'ont pas voulu croire, non pu croire à la puissance extraordinaire de nous érotiques, ils ont préféré n'y voir que des mots, de pauvres mots qui feignaient la magnificence, de pauvres mots sur lesquels ils préféraient médire. Qu'importe ce furent les plus beaux mots, et ils vous ont été offerts, et vous les avez lus, admirés, ingurgités, retenus.
Se peut-il que des siècles de littérature puissent tenir en ces quelques mots si pauvres en apparence, si riches en densité : je vous aime - suffirait-il juste que ce soit ces mots-là ?
16 septembre 2007
les mots de mon amour
Non je ne voulais pas regarder les textes partir un à un, je ne voulais pas, et encore moins remonter aux textes que je souhaitais lire plus tard, bien plus tard, et maintenant je ne le pourrai plus. Il faudrait que je les lise maintenant, et je les lirai maintenant je pense, mais je ne devrai pas, je crois, je ne suis pas assez forte pour les lire encore - lire vos autres femmes, lire vos autres vies, lire l'avant.
De voir nos textes aussi quitter la blogosphère, effacés sur le mien par 20six, les vôtres une partie par la plate-forme, les autres par vous - et même si je sais que vous en avez gardé les enregistrements (oui mais si votre ordinateur pète les plombs, les avez-vous sur disquettes ?), ces textes me les donnerez-vous ? c'est pour ça que j'ai fermé les yeux, pour ne pas les voir partir, ceux-là qui ont fait ma fierté d'être à vous aux yeux de beaucoup.
Aujourd'hui j'y vais sur votre blog, je me dis, voilà nos textes vous avez dû les effacer, maintenant je peux commencer la lecture d'avant...
et j'ai vu qu'il restait encore deux de nos textes, les deux premiers je crois, pas tout à fait avant ça il y a eu quelques lignes déjà -
mais voilà, ce texte-ci je le garde jusqu'au jour où vous m'offrirez une seconde fois les autres sur un autre support. Le voici, celui qui a fait ma toute première fierté (de cette fierté hispanique, de cette fierté féminine, de celle qui accapare, de la victorieuse), j'ai rougi de plaisir (comme je m'en souviens, rien qu'en le lisant), j'ai été la plus heureuse de recevoir ces mots-là -
-
En corps
Presque toutes les nuits, je suis relevé.
La crème au chocolat brillante et les framboises fraîches au goût d’étable.
Les galettes de maïs soufflé et le chocolat noir.
Presque toutes les nuits, j’ai interrogé les étagères et les clayettes.
Le fromage bleu et le pain aux noix.
La coppa poivrée sur un pain Poilâne grillé et frotté d’ail.
Presque toutes les nuit j'ai cherché, curieux et avide.
Le citron beldi croqué dans sa saumure.
Les câpres au sel marinées dans le vinaigre.
Presque toutes les nuits j'ai recherché le vif, le fort, le puissant qui faisait exploser les papilles.
Le gingembre confit posé sur la langue.
Le doigt trempé dans la poudre de piment d’Espelette.
Et puis cette nuit-là, elle m’a ouvert ses cuisses et son corps.
Et cette nuit-là, j’ai goûté chaque once de sa peau et bu chaque goutte de sa bouche.
Cette nuit-là, j'ai tout oublié du piment, du poivre, du chocolat et des framboises.
Cette nuit-là, mon corps a geint de manque et de plénitude dans la même voix.
Cette nuit-là, mon corps a retrouvé le chemin du vertige...
En faim.
(Signé l'HommeDuMoment)
09 septembre 2007
les ailes du désirant
Je ne cesse de penser (ressentir) à la dernière fois que nous avons fait l'amour -
je vis l'expérience de ce qui dépasse les mots
j'échoue, je ne sais pas écrire ce sentiment débordant le corps, qui n'est pas tout à fait un sentiment
une impression, plus incarné encore qu'une impression
une sensation distillée, diffuse - qui se poursuit
je ne cesse d'y penser
vous avez une signature, une marque de fabrique
il n'y a que vous qui le faites ainsi
non de ces fois où vous jouez l'érotisme, où nous jouons
mais ces fois, ces fois - comment dire - ces fois où
où vous n'êtes que mouvement et concentration sur mon corps,
que vous êtes ce rythme dont seul vous -
seul vous en êtes capable
c'est vous
c'est une pénétration à retardement
là, j'y pense et j'y repense, encore et toujours
c'est une action qui se poursuit après vous
comme si cette corde que je m'imagine entre le clitoris et le coeur, que j'évoque ici parfois, poursuivait sa vibration
vous
votre chant
oui peut-être est-ce cela - un chant d'amour - antique - primaire - universel
quelque chose que je n'imagine pas - qui n'a pas d'image, qui n'a pas de représentation, qui n'a pas de définition encore
que je ne connais pas
quelque chose de vierge
innommé - puissant, débordant - un élan
04 août 2007
cespiteuse
Puisque vous partez en voyage, je laisserai pousser tous mes poils, j'en ai envie, cette envie de femme en repos, en attente, en friche - des sourcils à la chatte - et promis, j'épargnerai les jambes, ces jambes vertes à force de blancheur, pour qu'elles prennent le soleil. Mais oui, puisque vous partez en voyage, je me ferai ce plaisir secret-ci, le plaisir des touffes, ludique et caressant.
03 août 2007
verticale la route qui me mène à vous
Peut-être est-ce que je commence à comprendre que le désir est toujours à l'affront de l'amour, que les corps sont à l'épreuve face à l'amour, à comprendre qu'il y aura une dialectique à intégrer comme j'apprenais les grammaires, absolument il me faudra l'apprendre, car j'adore le désir, l'exaltation suprême qui m'insuffle l'envie de vivre, mais je sens que vous je pourrai vous aimer follement, maintenant que je vous désire plus que n'importe qui. Apprendre à aimer, mais enseigner à mon désir l'intégration de l'amour -
accepter le quotidien, ne plus le craindre. Ce doit être épuisant de me voir grandir sans cesse - oui j'aspire à un peu d'horizontalité aussi.
02 août 2007
"...mon coeur fait son apprentissage..."
Trois semaines. Sur dix mois. J'ai le coeur mou.
J'aimerais que pendant son absence (sa présence ailleurs) il oublie les mots amoureux, qu'ils oublient nos regards amoureux, qu'il oublie nos gestes tendres et amoureux, qu'il oublie tout ce qui nous rend interchangeables avec tout être amoureux, je voudrais qu'il oublie nos je t'aime si seulement je ne me griffais pas le coeur à chaque fois que nous dépensions le mot, mais oui allez qu'il oublie donc ces je t'aime aussi. Pendant trois semaines je voudrais qu'il oublie tout cela, tout ce superflu de l'amour, cet aspect culturel, ces gestes mille fois recommencés par l'humanité entière. Qu'il oublie !
Mais de nos corps qui se cognaient, qui se chevauchaient, qui roulaient dans la frénésie, de nos corps qui s'emboîtaient dans l'imperfection jouissive, de leurs dialogues animaux, de la sauvagerie des morsures, du goût du sang, et de la moiteur tiède de l'urine, des sécrétions salées sur les oreillers, oui de nos corps impatients, de leurs frottements, des tremblements, des sursauts, des grognements, des reniflements, et des souffles haletants, de tout cela, il faut qu'il s'en souvienne, il faut qu'il en ressente le besoin par moments, de l'authenticité, de l'inébranlable, de l'évidence du bout de sa queue à l'orée de mon con - la seule épreuve de notre amour qui jamais ne se reproduira avec personne d'autre, ce moment tellement à nous.
Oui mais trois semaines sur dix mois - et il m'a dit quelque chose comme, le bonheur c'est d'avoir quelque chose à perdre...je suis une femme de marin bien heureuse, va!