24 octobre 2007
balivernes d'un théâtre intime
L'homme, le mâle, ne devrait pas souffrir - dans le drame de mon théâtre psychique, il ne devrait pas.
Je ne parle pas du père, je parle d'un être humain qui ne serait pas entaché par la maternité. Je parle d'un être humain infaillible, poitrine réconfortante, pilier, mur imbattable, d'un être humain écueil de la femme échouée, de la femelle meurtrie. Je ne parle pas de puissance. Je ne parle pas d'énergie avilissante. Je ne parle pas de domination, ni de degrés de séparation et de contradiction. Je parle d'une marque, d'un repère, d'une valeur immuable aux signes variables, d'un réconfort éternel à cueillir. Je ne parle pas de gratuité, je ne parle pas de don, ni de leur contraire - le commerce humain se retire devant l'évidence.
J'entends que tout s'effrite mais une statue ne le devrait pas, une seule, et j'imagine cet être - un homme. Dans le drame qui se joue dans mon psyché-soma, ce ne peut pas être la femme - la femme s'est accaparé un rôle ambigu, le rôle qui allait de soi, le rôle qui assigne. A l'homme je lui donne l'espoir de la création, de l'inspiration, du solide - il sera l'horizon toujours visible, qui quand bien même ne sera jamais atteint sera l'assurance du réconfort et intrinsèquement le réconfort.
A la femme le pouvoir de l'illusion, du changement, du merveilleux, de la révolution, de la quête, du voyage - le désir et l'angoisse. A l'homme la volonté de la clarté, de la construction, de vérité, de distinction, de foyer - le sens et l'équanimité.
A la femme l'instinct et la puissance - le silence. A l'homme l'évidence et l'incarnation - le verbe.
Et je m'équilibre.
Le labyrinthe sans le pan
Je voudrais une épaule, ma tête reposer - la seule chose qui m'ait fait pleurer dans ce film ce fut la berceuse. Toutes les berceuses me crèvent le coeur. La réalité déçoit, l'imaginaire je n'en ai pas la clé, ni la craie. Je glisse peu à peu. J'ai trop de fierté, et toujours mal placée. Je n'ai pas besoin de moi pour vivre. Putain de fusion à la con, tuez toutes les mères une par une, achevez-les toutes, moi aussi le moment venu - toutes. Je n'appartiens à aucune race, je suis en exil de je ne sais où, je vais nul ne sait où. Tuez-les toutes, on dirait des bourdons en pleine nuit, et ma tête explose. Je sens comme une mort proche - mais tant que je pleure, je suis en vie. Il m'a dit souvent pourquoi tu pleures, j'ai dit quand je ne sais pas dire, je pleure, c'est une forme d'expression, il a ri, il s'est moqué, tuez tous les hommes qui n'ont pas le courage, tuez tous ces hommes qui ne savent pas assumer leur rôle. Tuez-les, ils n'ont pas su être pères, et si j'étais un homme, il le faudrait aussi, me tuer. Ils auraient dû être l'antidote. Mais quand j'entends son rire à elle, si spontané, je me dis, encore un peu, tiens encore un peu. Je ne suis rien, et si seulement je n'écrivais pas, je serais toujours moins. Si seulement je ne pensais pas à lui, je serais moins encore. La vie tient à des pré-textes. Des pré-textes, bien sûr.
13 octobre 2007
sorte de poème
Quelques traits à la puissance d'évocation vibrante, vague étendue sur plusieurs kilomètres de pensées et de sensations, un caillou jeté dans un puits profond quand le clapotis lourd remonte par les parois jusqu'aux oreilles en écoute solennelles - ces quelques traits à la puissance d'une encre japonaise brossée sur le papier, un poème en deux trois mots, et l'immensité d'un paysage soudain - les intonations de sa voix, quelques gestes, son regard singulier, et je chavire dans l'accalmie océanique, un horizon rectiligne à portée de vue, intouchable, dont la seule visée suffit à propulser mon coeur,
simplement sa voix, quelques gestes, son regard doux -
je suis faible mais son amour est vaillant, et c'est immense ce que je pourrai l'aimer encore.
11 octobre 2007
texte à hypothèses...
On entend souvent dire que ce sont les jeunes femmes qui cherchent en certains hommes la figure paternelle, qu'elles transfèrent leur besoin de père ou d'autorité ou d'affection paternelle, mais je sais désormais que la paternité est un processus affectif et une carence qui survient chez les hommes, et plus souvent chez eux que chez les femmes. Les hommes transfèrent également leur carence d'être-paternel dans leur relation aux jeunes femmes notamment.
J'y ai pensé presque à la seconde lorsqu'il ma répété une seconde fois qu'il serait le plus heureux des hommes, mais aussi le plus malheureux des hommes si je devais un jour lui présenter un homme qui me rendrait heureuse et avec qui je déciderais de passer une partie de ma vie. J'ai pensé presque à la seconde combien j'avais pressenti en cet homme-là sur qui j'avais jeté mon dévolu le plus instinctif dès la première fois où je l'ai rencontré, le malheur de n'avoir pas été père encore, et de n'avoir sans doute jamais assumé ce désir-là (et je pourrais étayer cette hypothèse par quelques détails que je connais de sa vie, et peut-être proposer une ébauche de présentation des causes, cela resterait une hypothèse, une vision de le comprendre, cet homme dans ma vie - mais il serait trop indiscret de vous raconter cela, et j'aimerais aussi garder des secrets, l'impression qu'il serait mon confident, et le confident de nulle autre, ce qui n'est pas le cas pourtant, alors je recueille des confidences à son insu, et je les retiens, je ne vous offre que les conclusions).
Pour une femme, la figure paternelle est la seule qu'elle est autorisée à quitter sans dommage, au contraire, qu'elle doit quitter pour un autre homme et faire sa vie, qui dans un certain sens elle doit tromper pour entrer dans sa vie de femme - le père est la première infidélité de la femme, et dans cette perspective la femme entre dans son indépendance par une infidélité nécessaire. Il existe d'autres moyens également, complémentaires et essentiels, notamment tout ce qui tient de la séparation de la femme de sa mère.
Un homme qui n'a pas su être père, qui a tardé à être père, qui n'a pas su assumer sa fonction de père (car parmi ces hommes à la carence d'être-paternel on compte aussi des hommes effectivement père, qui ont des enfants, une famille mais n'ont pas rempli leurs fonctions de père, n'ont pas su, n'ont pas compris qu'ils le devaient, n'étaient pas prêts à remplir de telles fonctions), un tel homme appelons-le l'homme pélican, je vous explique pourquoi. Car ce types d'hommes provoque deux tragédies dans leur vie dans lesquels ils se complaisent : exerçant sans le savoir tout à fait un amour paternel sur les jeunes femmes qui se sont attachées à eux d'abord (et c'est dans ce sens que l'amour prend pour eux, ils ont ce besoin de se sentir d'abord valorisés par un amour inconditionnel et admiratif - et par ailleurs je ne dis pas "amour paternaliste", les hommes paternalistes sont encore d'une autre race dont je ne parle pas du tout ici dans ce texte), ces femmes se trouvent à un moment donné dans l'obligation de les quitter, et profondément parce qu'elles éprouvent un jour ou un autre le besoin d'une autre forme d'amour, d'une évolution dans leur manière d'être aimée souvent en évolution avec leur propre vie (le symbole paternel impliquant au contraire un certain conservatisme), c'est la première tragédie possible.
La seconde tragédie possible et souvent compatible avec la première tragédie est que ce type d'hommes s'attachent à une femme à une période de leur vie plus solitaire et totalement célibataire et finissent par vivre leur vie avec elle, à s'installer et créer tous les liens d'un couple tels qu'ils sont difficilement détachables, des liens d'amour qui finissent par des liens de plus en plus forts, mais de plus en plus tendres, sans doute de plus en plus platoniques avec les années, un amour qui si on l'épluchait au coeur finirait par révéler une relation du type filial. Un amour dont ils ne pourraient plus se passer s'il le fallait, pris eux-même entre la douleur de faire un mal insurmontable à la compagne de leur vie (la culpabilité du père) et la douleur d'avoir failli à leur mission protectrice, pris dans une peur très enfantine finalement d'impuissance totale, au mieux une peur enfantine tout court, où peu à peu et par intermittence la femme prend le rôle de femme mère pour l'homme. La peur de couper le lien filial est dans les relations humaines celle qu'on craint le plus de modifier ou de couper net.
Ce sont donc des hommes pélicans ou pères pélicans parce qu'ils nourrissent des amours impossibles, nourissant par là-même des femmes de leur amour sincère et immense, de leur savoir sentimental et sexuel, se laissent comme dans le poème de Musset dévorer le coeur par des femmes qu'ils finissent par rendre à leur indépendance, et qui meurent à cet amour jusqu'au prochain enfant. Qu'ils vivent dans le sacrifice sans cesse de leur propre vie, de leur propre destin, et prennent là leur satisfaction dans cette douleur, sensation extrême de vie, ils vivent dans le sacrifice éternellement recommencé.
J'ai vécu une vie jusqu'à présent sans père, refusant tout homme "paternaliste" comme des hommes en trop dans ma vie, car ils ne comblaient aucun besoin et venaient plutôt encombrer ma vie affective avec des considérations qui m'ennuyaient ou ralentissaient mon devenir. Je suis née sans père, d'un père inconnu comme on dit, et depuis aucun homme n'a su remplir sa fonction symbolique de père. J'ai été entièrement et longtemps homosexuelle à ma mère, de manière symbolique on s'entend mais avec toute l'ambiguïté que cela peut entraîner, jusqu'à ce que je décide de quitter, d'abandonner la figure maternelle incarnée par ma mère adoptive, jusqu'à récemment où j'ai compris qu'il me fallait me séparer de cette femme, sans que je sache bien encore pourquoi et bien que cela soit très douloureux, et sans doute pour elle aussi.
A la rencontre avec mon homme, et pourtant des hommes avant lui il y a eu pas mal, j'ai enfin pu assumer avec lui seul (et cela coïncide avec la séparation d'avec ma mère adoptive) une hétérosexualité accomplie, je parle toujours en terme de symboles. Alors que j'ai besoin d'une vie de couple plus continue, plus quotidienne, et que mon homme ne peut me le permettre avec lui, qu'il me paraît comme normal que nous nous quittions pour que je puisse m'accomplir, mais que l'amour nous lie infiniment il semblerait, que je ne me sens pas de le quitter puisqu'il m'en laisse le choix et la décision, je n'en ai pas le courage, ni l'envie, et pourtant je vois bien que j'ai besoin d'évoluer dans mon expérience et qu'il ne peut me suivre dans ce sens-là.
Peut-être alors suis-je dans une période où il m'est enfin donné la possibilité d'accepter une figure un père paternelle, incestueuse, et sauvagement incestueuse - qu'enfin aimée, dans le désert familial qui est le mien désormais, mais également contrainte à ne pas mener mon amour où je voudrais le mener, pour ne pas le quitter, pour le garder et garder son estime, pour ne pas le blesser, surtout pas le blesser et quand bien même j'ai tenté de lui mordre au sang sa poitrine, sa gorge offerte, il est temps pour moi d'accepter ce que j'ai toujours refusé, accepter le seul qui a été digne d'un amour total, originel, d'accepter de ne plus rompre les liens, mais de les maintenir, de les conserver, de ne plus abandonner, mais d'accepter que la vie soit une transformation sans cesse, de métamorphoses d'humanité. Peut-être est-ce là que réside pour moi le miracle de notre amour, dans la fin d'une tragédie, la mienne, de celle qui me frappe depuis l'enfance, la fin des ruptures.
09 octobre 2007
A force de rêver je perdrai
Parfois je comprends que tout a une fin en soi, et que tout n'a pas besoin de nous pour y arriver. Il est des choses que je voudrais avec la meilleure volonté maintenir en état, en suspension, dans la sérénité d'instants, parce qu'en me tournant vers le passé je vois bien que cela tient du miracle dans le sens d'inespéré, mais j'ai une volonté supérieure à ma conscience, un broyeur inquiet qui prend de l'avance sur ce que j'accepte, et tire la ficelle en espérant toujours plus. Parfois il me semble alors que tout doit finir parce que je suis acculée à ne plus en avoir davantage, que le frottement du broyeur inquiet qui tourne à grande vitesse au temps miraculeux et lent me fait grincer les dents et le coeur. Je suis impatiente.
Mes dernières nuits ont été inquiètes, ma respiration profonde et ralentie en désaccord complet avec mon coeur qui battait à tout rompre, je crois que ces dernières nuits je n'ai pas atteint toutes les phases de mon sommeil, et que je me suis tenue en alerte sans cesse. Une fois j'ai écrit sur ma soeur et notre enfance parce que je n'arrivais plus à dormir, il était cinq heures du matin, c'était dimanche. J'ai dû me lever à cause de ces battements accélérés que je ne contrôlais plus. Pourtant une fois j'ai rêvé, et une autre fois Solines s'est souvenu de m'avoir parlé dans la nuit par surprise tandis que j'avais les yeux bien ouverts et je ne m'en souvenais pas.
J'ai rêvé que je me croyais enceinte, parce que mon ventre gonflait. Mes parents adoptifs sans penser à vérifier décident de m'emmener à l'hôpital où m'attendent aussi deux collègues à moi. Je leur dis que je viendrai mais que je dois régler deux trois affaires personnelles. Ils m'attendent à l'hôpital avec beaucoup de mauvaise humeur, de celle qu'on a quand on doit faire quelque chose qu'on n'a pas le temps de faire. Je suis dans une pièce où je m'affaire, et je tarde à les rejoindre. Je sors de la pièce et je me retrouve sur une route départementale, je la reconnais aux traces sur le sol. Je doute soudain d'être enceinte, j'ai le ventre aussi agrandi qu'avant mais je me demande si c'est justifié d'annoncer que je suis enceinte, ce peut être un simple gonflement d'estomac. Je suis sur la route afin de les rejoindre, pourtant je marche sur une route départementale en pleine campagne avec une impression de marcher sans fin. Je me demande sans inquiétude de ce qu'en pensera mon homme. Je me réveille.
En pleine nuit Solines a tendu la main vers mon côté, elle s'attendait dans un demi-sommeil à la poser sur son matelas, et eu la surprise de toucher un corps. Dans son demi-sommeil elle avait oublié que je dormais à ses côtés. Etonnée, pas clairement éveillée, elle m'a touchée à tâtons le bras ou l'épaule, elle ne s'en souvient plus. Elle m'a raconté ce matin que j'ai levé les yeux vers elle, et qu'elle s'est excusée alors, échangeant quelques paroles très brèves avec moi. Je ne me souviens de rien. Vers cinq heures et demi à nouveau, je refusais de me lever, je me suis forcée à dormir tant bien que mal jusqu'à ce que la sonnerie du réveil retentisse.
Dès que je sens que mon lieu d'habitation ne sera pas stable, j'entre dans de grandes inquiétudes corporelles. J'ai décidé depuis peu de temps que je devrai déménager bientôt, pour une question de principes essentiellement. Je n'ai pas peur, mais mon corps le ressent autrement. Je me demande si je décide bien. Quand je me demande ce que je veux, je le ressens mais je ne sais pas le traduire en mots, mon drame est là, le noeud, c'est que je sais ce que je veux mais si je ne le nie plus, je ne l'assume pas encore et cela m'épuise.
Je m'épuise à attendre que mes désirs s'exaucent. Je m'épuise à attendre de baiser, je m'épuise quand je pense à ce déjeuner un après-midi ensoleillé dans ce bistrot où à la table d'en face un couple singulier attendait la commande penchés côte à côte sur le même journal en face d'eux et commentait au fur et à mesure leur lecture dans une complicité ordinaire qui m'a fait couler une larme aux toilettes, je m'épuise à ne vivre que des moments exceptionnels, je m'épuise de ne pas savoir comment mettre fin à mes jours. Je m'épuise de toutes les contradictions dont je me suis faite. Je m'épuise de tous les obstacles qui surviennent aux obstacles que je m'impose toute seule. Ma solitude m'épuise, la solitude définie par mon insatisfaction sans cesse renouvelée.
Au départ je ne voulais que lumière du jour et baies vitrées, grand appartement et plantes, de lectures et de temps aérien, de visites et de repas d'amis, de cuisine et de tranquillité, de sexualité à volonté, et d'écritures, de lettres et de nouvelles, une vie de rien mais d'apaisement - loin bien loin d'une vie de contraintes. Mais à la fin ? et puis il est où ce départ ? elle est où cette fin ?
Sans cesse quitter, sans cesse renouveler son départ, sans cesse repousser la patience du désir, retourner la poussière de la volonté, sans cesse s'épuiser en cherchant la paix.
On passe sa vie à mourir, je l'ai lu quelque part.
"A force de rêver
Pour tout abandonner
Et puisqu'on a pas d'autre choix
Pourquoi mener des combats..." Barbara
03 octobre 2007
A celle qui se reconnaîtra, et que j'aime
Il m'a demandé l'air de rien entre le plat de consistance et le dessert, le brouhaha, si elle ne s'était pas trop éloignée de moi ces derniers temps, sur quoi je fus troublée, puisqu'en le rejoignant, juste avant, je la quittais dans la salle de pause, et j'ai vu dans ses yeux à elle non l'éloignement, mais quelque chose que je saisissais à peine, une autre sorte de distance, bien qu'évidemment je recevais déjà bien moins de sms ou de mails de sa part, mais cela ne me blessait pas, ni ne me destabilisait. Ce n'était pas de cette distance-là, il y avait dans son regard quelque chose de dur, je crois, que je ressens parfois encore quand elle pose ses yeux sur moi dans notre lieu de travail commun ou quand on se croise ailleurs entre deux coups de vent, ou encore dans les matins rares où après le réveil dont nous ne partageons aucune complicité (c'est étrange d'ailleurs, cette froideur de nos corps, quand nos esprits se réchauffent si souvent l'un à l'autre au foyer du réconfort, étrange mais convenant, cela ne me dérange pas, je l'observe simplement), quand après le réveil nous nous retrouvons par un sourire chiffonné.
J'aurais cru à un petit rien au début, j'aurais même réfléchi, je l'avoue, peut-être à ma façon de rester pensante, lointaine, observatrice lorsque mes amis vivent des situations exaltantes ou fortement émotionnelles, et c'est son cas, puisqu'elle vit une relation amoureuse nouvelle, édifiante, c'est une déformation de la crainte de l'abandon qui n'existe plus aussi purement chez moi, mais devient à ma manière une façon d'être au monde, je laisse l'éloignement se faire et je regarde sans rancune, ni envie, ni douleur aucune désormais - les sensations les plus sincères, jusqu'à la peur spontanée, finissent par perdre de leur couleur, de leur vérité, et deviennent leurs propres avatars défraîchis, délavés. J'ai pensé que peut-être elle si sensible aurait pu le ressentir, et ses yeux sombres sévères me lanceraient les éclairs d'un témoignage passif, le jugement du témoin qui se tait mais n'en pense pas moins, et que j'ai certes parfois l'illusion qu'elle me ressemble un peu, et qu'au lieu d'être au contraire de moi, et tout comme mon homme d'ailleurs, un être hypersensible, très réceptif d'une manière que seule la compassion véritable peut engendrer, elle soit sensible mais dure, extrêmement sévère, et capable de ciseler un lien sans ressentir tout à fait la douleur nette et actuelle, mais de la subir longtemps, longtemps après. Est-ce une illusion vraiment, ou l'intuition que son caractère se compose de cette possibilité d'être ? Tout comme elle pense de moi, ou ressent de moi qu'au fond il y a quelque chose de bon dans mon caractère, dans lequel elle se retrouve également - que je renie avec autant de force ? Son intuition vaut la mienne, et la surpasse souvent par son humanité, cette fille possède une intelligence humaniste que je ne pourrais pas atteindre si seulement j'y aspirais. A écrire vrai non, je ne sais pas répondre à cette question, il y a des ambivalences psychologiques que je ne démêle plus.
Je répondis que non, et je pense qu'il a été persuadé que je mentais, ou que je me voilais la face ne voulant pas avouer que certainement je me sentais à l'abandon par l'amie la plus présente dans mes jours. Pourtant si je bafouillais, c'était à cause du regard que ne lui avait pas raconté encore à lui, ce quelque chose d'indéfinissable, une distance dans son regard qui démentait la spontanéité de son coup d'oeil et révèlait entre elle et ses yeux posés sur moi des pensées que je ne pouvais pas deviner. Tous les autres jours qui ont suivi, et nos quelques rencontres en soirée ou simplement à deux, j'ai aperçu à nouveau cette dureté, cette étrangeté soudaine, comme une bataille entre la douceur extérieure et un jugement intérieur, sans que je sache davantage si elle en était consciente. Je ne pense pas que cela m'effrayait, et cela m'interroge bien plus que je n'ai à craindre ce regard récurrent, ou peut-être constant mais recouvert par son amitié, sa douceur naturelle. Il n'est pas de femme autre qu'elle que je ne me réjouit d'observer, de comprendre, et parfois vraiment ce qu'elle ressent ou vit me paraît si méconnaissable et divergent de ma propre expérience que je ne la comprends pas, je le lui dis maintenant en riant, que je m'amuse gravement à échaffauder des hypothèses que je lui soumets parfois afin qu'elle réagisse contre ou pour, qu'elle réagisse en (se) posant d'autres questions, qu'elle émette d'autres questionnements, et ma réflexion rebondit.
Hier tandis que je faisais glisser le rouleau de mousse de canard hors de sa boîte de conserve cylindrique, j'ai naturellement pensé, d'autant que je tenais à pleine main délicate le rouleau entier, au sexe d'un homme, j'en fis allusion devant elle, je compris à son rire qui venait comme un acquiescement que sur ce plan-là nous nous comprenions enfin, qu'elle voyait, qu'elle en avait la sensation sans y toucher, qu'elle savait. Il m'est souvent venu l'envie de lui parler de ma passion pour le sexe masculin, pour sa matière et ses transformations, j'ai souvent eu envie de lui raconter le bonheur de toucher, de caresser, d'empoigner l'appendice, j'ai souvent eu envie de lui faire prendre conscience qu'il y avait là du travail d'artiste, j'en ai eu le désir irrépressible quand elle me faisait part de son projet de reprendre l'argile, du plaisir tactile qu'elle prenait à modeler l'argile. Je saisissais mal comment elle pouvait parler du matériau, argile ou craie, ou bois, ou peinture comme je parlerais moi du sexe, de la peau ou du corps d'un homme, sans qu'elle puisse s'abandonner entière au plaisir physique de la luxure. Comment son esprit s'avançait dans le domaine exigeant de la sensualité tandis que son corps reculait et refusait, lui refusait cette fusion parfaite de son corps et de son esprit, la trilogie de son corps, de son esprit et d'un homme. Combien souvent je lui ai espéré cet aboutissement, parce que je pensais qu'il y avait là une grande partie de son accomplissement. A table hier elle me racontait à demi-mots ses difficultés, comment son sexe à lui était pour elle de trop, elle avait des expressions exquises et étranges comme lui donner du plaisir, et non prendre du plaisir, le caresser, et non tous ces mots crus si beaux pourtant.
Hier découvrant cette complicité naissante entre nous, qui aboutirait ou non qu'importe - nous avons une amitié déjà bien avancée, je pensais soudain que son regard était peut-être dans cette découverte de son corps, une rudesse sans aucun doute, en rapport avec ma personne entre autres relations, mais aussi un mélange d'un autre phénomène - je dirais une absence au monde, et je pense en l'écrivant : une absence à elle-même. Je sais à quel point elle ressent sa vie comme un combat terrifiant entre elle et son corps, une relation de punition, de renoncement, une relation de rancune, à chacun son corps imaginaire, il y a dans cette violence la touchante conversation qu'elle lui mène régulièrement, dont parfois j'entends quelques bribes. Dans son regard, le détachement ponctué, la rigueur de la clémence qui s'ignore, il y là la force quand dans d'autres regards on aurait été frappé par leur expression hagarde de la crainte d'être en naissance à un nouveau monde intérieur, il y a là l'assurance de la femme qui naît à elle-même en prise avec le don et la retenue, avec l'écartèlement et l'unification - en prise avec l'humanité des femmes entière, la féminité avec son grand F. C'est immensément que j'ai ressenti cette bouffée de tendresse, et d'amour, de compassion sans aucun doute, de fierté pour ce bout de femme, pour mon amie des jours et des chemins.
(Bienvenue petit orage sorti de son bocal, bienvenue parmi nous.)
29 septembre 2007
le temps, la destinée et leur défragmentation par l'amour
Les journées passent dans une tranquillité à laquelle je ne suis pas habituée encore, l'automne ne me remplit plus d'effroi comme autrefois, l'hiver devient une saison relative, il se dépouille de toutes les angoisses sournoises qui me complaisaient dans la dépression engluante, elles-mêmes rendues à l'état de peurs palpables, raisonnables - vulnérables et moins aveugles. Le temps n'est certes plus éternel, il a des délais, des répercussions dans l'immédiat ou en longueur, des fins possibles, d'autres renouveaux ou recommencements, d'autres départs, et l'amoindrissement peu à peu pourtant de la possibilité de certaines états ou de certains mouvements, j'en ai conscience et non plus seulement l'idée, j'en ai la sensation.
Le pessimisme ne m'atteint pas toutefois. Je remarque comme naturellement (à tort ou à raison) mon corps et mon esprit se préparent à l'évidence qu'ils n'ont qu'une vie, et que jusqu'au bout tandis que des champs d'action se fermeront d'autres naîtront d'une nature différente. Je ressens comme ils se préparent à épouser la fatalité des années imparties, avec la conscience qu'une vie entière ne leur sera peut-être pas accordée non plus, que du jour au lendemain une fin peut survenir et leur interdire la vieillesse. Pour autant je ne suis pas encore prête pour la mort, je me le suis annoncé hier, de manière bien sonore dans ma tête, sans effet de triomphe mais dans le simple constat que je me sens en adéquation avec la vie, que j'ai trouvé un rythme à peu près égal au sien, que je prends goût depuis quelques mois seulement à la mobilité, à la vivacité, à l'avancement.
Il n'y a pourtant qu'une chose qui me tient éveillée, c'est bien la curiosité de savoir ce qu'est une vie humaine, et de l'intérieur. J'observe bien la vie telle que les autres êtres humains me la racontent, me la montrent, ou telles que je l'observe chez eux, mais ce sont des images reflétant également toutes mes conjectures, toutes les idées culturelles qui se transmettent de génération en génération, toutes les suppositions et de toute mon intuition que seule l'expérience peut vérifier. J'en ai pris conscience cet été lorsque mon amour parti en Asie, je l'attendais ici en France pendant deux semaines qui correspondaient également à des congés que j'avais posés au travail. Il devait revenir le jour avant la reprise du travail. Souhaiter que le jour de son retour fût le lendemain déjà venait contredire mon désir de ne pas reprendre le travail le jour suivant son arrivée. Venaient ainsi lutter mon désir de le revoir et mon appréhension de la rentrée. J'étais persuadée que son retour après un si long départ qui nous séparait pour la première fois serait révélateur de la poursuite de notre passion ou de son arrêt progressif. J'en avais peur certes, mais c'est la curiosité teintée de crainte oui, qui dominait tous mes autres sentiments, jusque mon impatience d'y être déjà, l'impatience de savoir ce qui adviendrait de nous, et dans l'ombre de ce destin ce qu'il adviendrait de ma destinée.
On va croire que mon amour justifie tout, justifie tous mes états d'âme, toute ma vie présente. Je ne le pense pas. Mais cet amour, de la manière dont je le vis - de façon entière, omniprésente, à la manière d'un éclairage progressif qui se porte sur l'obscurité dans laquelle longtemps je me drapais paresseusement, révèle ou accélère la révélation de beaucoup de vies minuscules, de phénomènes, de pensées qui n'avaient pas encore trouvé leur point de chute, d'idées qui attendaient comme une maturation. Parce que cet amour arrivé à un moment de ma vie où j'étais prête in extremis pour l'avancée, à la limite de me perdre dans la régression morbide si rien n'intervenait à mon secours, me frappant de plein fouet a engendré des chocs dans ma conscience, qui par répercussion ont fait trembler tous les membres de mon corps et éclaté l'image morbide dans laquelle je me représentais. Parce que l'amour aussi soudain que violent pour lui, l'amour de nous, a été un amour ouvert à une certaine forme d'universalité (comme quand nous faisons l'amour, nous vient immanquablement cette impression singulière d'universalité, jamais éprouvée auparavant, de ne pas atteindre que nos corps - mais la conscience diffuse de toucher, de traverser aussi des éléments de vie au-delà de nous), et n'a pas manqué ainsi de m'ouvrir à un peu plus d'indulgence pour mon corps et pour mon être. Voyez, cet amour ne justifie pas tout. Il m'accompagne en tout, il me tire vers le devant, la progression. Il est une forme de vie sublimée, et d'une certaine manière cet amour ne pouvait que s'inscrire dans une lignée littéraire.
27 septembre 2007
de tout ce que je ne démêle pas
Cependant si je tente la précision, c'est bien plus dans les longs jours où il n'est pas là - il y est certes, mais hors de la matière actuelle, de la matière proche de la mienne - que je ne sais pas nommer ce que nous sommes. Des individus, j'imagine. C'est la panique qui pourrait s'emparer de l'intérieur de mon corps, brouiller toutes mes cellules, si je ne le muselais comme il se doit, quand je pense que dans ces moments d'absence relative, d'absence corporelle, le quotidien se poursuit sans altération, dans un mouvement continu, violent bien qu'imperceptible souvent, dans la banalité d'une vie qui avance anonyme. Je ne renie pas que ces moments de séparation nécessaire ou fatale servent en quelque sorte l'intensité de notre amour, de ma part d'amour sans aucun doute.
Je vois bien par la raison que la question n'a pas de sens, que ma vie a été bouleversée par l'acceptation dont j'ai fait preuve de cet homme dans ma vie, que ce bouleversement mieux encore qu'un tremblement de terre poursuit à déverser ses ondes dans chaque seconde qui m'est impartie, chaque heure, chaque jour, qu'en un an ma vie a changé plus vite qu'elle n'a changé en une dizaine précédemment, enfin je l'imagine, je le ressens ainsi, que cet homme n'est que le spectateur, et depuis un temps récent l'accompagnateur, de cet élan renouvelé, qu'il n'a été que le déclencheur, autant de mots barbares qui ne lui ôtent nullement la reconnaissance et la joie que je lui dois spontanément. Que tout cela a « lieu » tous les jours au présent, essentiellement quand il n'est pas présent à mes cotés. Dans cette perspective, oui de toute évidence, la question n'a pas de sens.
Je comprends surtout que cette question s'annule d'elle-même quand je saisis à quel point les moments que je passe avec lui, ceux les plus amoureux, ceux d'une sexualité la plus intense, ne sont pas des moments au sens propre, des instants, qu'ils n'en ont pas l'aspect éphémère, ni fugace, ni mêmes passagers, les heures intenses et courts que je partage avec lui sont une coupure nette du quotidien, dans le déroulement des événements, ils sont l'expérience la plus singulière, la plus vive, la plus curieuse à mes yeux de l'immobilité, une fracture du temps. J'hésite sur le mot fracture, je pourrais employer l'image plus commune de suspension du temps, et pourtant non, il y a une violence qui se manifeste par des douleurs dans nos corps à tous les deux, une fatigue immense, des courbatures, la nécessité de se réadapter au monde entourant - que je n'explique pas encore (je ne m'empêche plus de penser désormais qu'il me faudrait inventer un vocabulaire nouveau pour disséquer mon expérience de nous) -, une violence qui n'admet pas ce doux mot de « suspension du temps ». Rupture, fracture, fêlure, des mots physiques, l'idée d'une brutalité.
La raison ne peut pourtant rien contre ce que je ressens dans les jours qui nous séparent, et si elle parle quand il faut maintenir mon corps et mon esprit hors de la panique, elle se refuse au mystère de la question que je me pose irrémédiablement, que sommes-nous quand nous ne sommes pas ensemble ? Des individus, je ne cesse de me le répéter. Des pensées qui nous maintiennent aussi l'un à l'autre. Des individus dans une société, avec le devoir de se maintenir en vie pour les besoins d'une communauté, et d'autres devoirs que je ne me sens pas de recenser.
Cette panique ressemble à une impression que le sol se dérobe sous mes pas, sous les pas ce que je suis en dédoublement, comme une enveloppe de moi sous ma peau, une enveloppe pareille à mon apparence, aux dimensions plus petites, légèrement plus petites pour se contenir sous ma peau, et ce double, je ressens qu'il marche soudain au-dessus d'un vide obscur à la matière épaisse et ralentie. Je ne tombe pas, le double imaginé ne tombe pas, il y a juste cette sensation. Due peut-être à l'incompréhension totale que la vie de tous les jours se poursuive dans une banalité et une efficacité qui n'ont rien de commun avec l'intensité, la violence de l'exaltation qui me remplit à chaque fois que je rencontre mon homme. Due à l'impression que ce vide symbolique qui s'ouvre sous les pas de ce double s'ouvre aussi à l'intuition d'un phénomène qui n'a pas de mots, d'un chaos naissant et nouveau sur lequel je devrais apposer des mots, proposer un sens, offrir une existence et en faire un monde, la possibilité d'une création.
La raison ne peut rien contre tout cela, contre la sensation qui s'impose de l'extérieur et qui n'est pourtant pas (et parce que ce n'est pas) une évidence.
Je tente par ce texte de m'expliquer comment notre amour me dépasse, à défaut du pourquoi -
22 septembre 2007
des charognes de nuit
Les chats - aucun autre animal que le chat à mes yeux, à mes côtés - sont les charognes de la solitude et de l'anxiété. Je commence à me demander si quand dans ma chambre ils viennent dormir, c'est si rare, l'acte même de changer leur lieu de dortoir ponctuellement ne devient pas un acte significatif.
Dans mon lit j'ai parfois l'anxiété des jours à venir qui vient coucher avec moi, et j'ai les deux chats au pied du lit assis ou allongés avec des mines affectées, une présence pesante, un silence neutre ou ambivalent peut-être.
Dans le noir dans l'obscurité les deux chats ne se distinguent pas l'un de l'autre, ils portent tous les deux une fourrure noire. Quand à chaque fois le sursaut du réveil m'a poussée hors du lit comme une âme en attente du prochain passage du sommeil, dans le couloir, à tour de rôle, ils sont venus mêler leurs pas aux miens, sans vraiment se frotter, comme une ombre assombrie, il a fallu que je me baisse et tende la main vers le collier pour reconnaître lequel me poursuivait.
Il m'est arrivé d'avoir mon chat, ces deux chats ne sont pas les miens, l'un appartient à l'une des colocataires, l'autre à ma soeur qui est partie à l'étranger sans son animal de compagnie. Un chat s'attache à une personne, une seule à vie, rarement fait don d'allégeance à une seconde personne mais quand il s'agit de sa survie, sinon toutes les autres personnes entrent dans d'autres catégories de relations, de l'amitié à la méfiance, en passant parfois par la neutralité.
Ici, j'ai laissé le rôle de nourrir les animaux à la colocataire car je ne déteste rien de plus qu'un animal qui mendie. Je m'occupe du reste, je m'occupe de la caisse essentiellement, parfois de leurs bols d'eau, souvent de leur tenir compagnie quand personne n'est présent dans ce grand appartement.
Ils se montrent contents de me voir quand je reviens de l'extérieur, mais ils n'ont pas l'excès qu'ils montrent chacun à leur maîtresse, ils m'observent quand je me lève la nuit, me suivent silencieusement, me regardent écrire le plus souvent, ou profitent de ma présence pour se laisser à un profond sommeil dans la journée.
Quand pourtant je me dois d'affronter des situations qui me mettent au pied du mur, qui sont celles qui me rendent le sommeil léger et intermittent, quand d'autres fois je me sens seule dans ma chambre, que j'aimerais me blottir contre son corps, les chats sont toujours là. Je les imagine à l'affût, doués immensément que sont les chats pour l'intuition, le flair, je les imagine à l'affût de la moindre noirceur envahissante de l'âme, à l'odeur de la bile noire, se ruant dans le moindre repli de la mélancolie, dans la plus petite manifestation de la solitude intérieure.
Quand alors le chat n'est pas le mien, et qu'il me porte une simple amitié, ou qu'il se comporte de la manière la plus neutre, mais toujours avec un intérêt proche du voyeurisme, mais qu'il ne me porte pas un amour inconsidéré à moi mais à un autre (et le chat n'a qu'un maître quoiqu'on dise, quoiqu'il arrive), le chat est une charogne qui tourne autour de mes pieds, il ne dort que d'un oeil, vient renifler sur mon visage toute altération de mon état, vient hanter mes réveils.
J'attends le jour, que seuls les deux chats noirs portent l'obscurité sans en ajouter à la nuit.
18 septembre 2007
et mon corps au sien -
Peut-être sommes-nous deux courants d'eau qui se rencontrent en une seule vague - qui glissons l'un dans l'autre comme deux dauphins joueurs, et nous déversons, déversons, déversons jusqu'au rivage, loin sur le sable brûlant - puis nous nous retirons en une vague intérieure, un retour aspirant au plus bruyant de nous, pendant lequel remuent pensées et sentiments en tourbillons affolés, formons une nouvelle vague toujours plus grande et brutale, un élan supérieur, un ressac, et s'entremêlent nos espoirs puissants et la désespérance sans que nous puissions jamais plus les distinguer - puis encore, la désescalade abrupte et lisse, la beauté sauvage et mouvante, l'éclat en suspens
l'écume aux lèvres
peut-être -